21

Le dilemme révolutionnaire de Trump

PRINCETON – Le centenaire de la Révolution russe coïncide avec la révolution de Trump aux États-Unis, qui a elle-même suivi celle du Brexit au Royaume-Uni. Comme pour les bolcheviques en 1917, les mouvements politiques derrière Trump et le Brexit se considèrent à l’avant-garde d’une révolte internationale – ou de ce que l’ancien chef du parti d’extrême-droite United Kingdom Independance Party (UKIP), Nigel Farage, nomme une « grande révolution mondiale ».

Mais les rebelles du moment seraient inspirés de considérer les leçons de l’histoire. La Révolution russe a prélevé un lourd tribut de vies humaines, elle a compromis la prospérité, et peu d’historiens pensent aujourd’hui que rien de constructif en soit sorti. Lénine n’en fut pas moins un pionnier, qui comprit que la première cible des mouvements révolutionnaires était l’Administration, la bureaucratie, nécessaire mais impopulaire. 

Les actuels mouvements révolutionnaires, à l’instar, autrefois, du bolchevisme, se rebellent contre ce qu’ils perçoivent comme l’oppression d’un ordre international contraignant. Pour Lénine, les puissances occidentales, qui avaient poussé la Russie – au mépris de ses intérêts – à la guerre contre l’Allemagne, appartenaient à cet ordre, incarné pour Trump dans le terme vague de « mondialisme » : « Tous les pays du monde, ou presque, profitent de nous. Cela ne se produira plus. »

Pourtant, les ennemis directs de ces mouvements sont plutôt à l’intérieur qu’à l’extérieur. Lors d’une récente allocution devant la Conférence conservatrice pour l’action politique (Conservative Political Action Conference), Stephen Bannon, le stratège en chef de Trump, a parlé d’une révolution au nom la souveraineté américaine, qu’il a définie par le nationalisme économique et la « déconstruction de l’Administration ».