North Korean leader Kim Jong Un and South Korean President Moon Jae-in Korea Summit Press Pool/Getty Images

Qu'attendre du sommet Trump-Kim ?

DENVER – Depuis le sommet du 27 avril entre le Président sud-coréen Moon Jae-in et son homologue nord-coréen Kim Jong-un, le Président des États-Unis Donald Trump a cherché sans grande surprise à se dépeindre comme le grand manitou à l'œuvre dans les coulisses de la diplomatie inter-coréenne. Mais en dépit des lueurs d'espoir émanant de la péninsule, Trump risque bien de finir par regretter d'avoir occupé le devant de la scène, à mesure que se rapproche la date de son propre sommet avec Kim.

En vue de cet événement, programmé provisoirement pour fin mai ou début juin, Trump évitera probablement de lire ou d'écouter les conseils des experts et se permettra d'essuyer en personne les remous des informations contradictoires. Après tout, il est censément incapable d'absorber les briefings de politique organisés et structurés et ses avis tendent à refléter ceux de celui qui s'est exprimé le dernier. Au-delà de cela, il est généralement guidé par un sentiment d'indignation envers ses prédécesseurs, en particulier à l'encontre du Président Barack Obama, qui s'est selon lui montré trop naïf ou trop confus dans sa résolution des problèmes.

Mais l'émouvante réunion de Moon et de Kim à Panmunjom, le « village de la paix » à la frontière des deux Corées, représente un énorme défi pour Trump, qui compte sur un grand étalage de sa propre magie de négociateur, en vue de pouvoir dire au monde : « la crise est là ; la crise a disparu. » Malheureusement le désir de la Corée du Nord de disposer d'armes nucléaires ne peut pas disparaître par un simple tour de passe-passe.

Au mieux, un sommet Trump-Kim va produire des formulations plus vagues de ce qui pourrait être possible par le biais d'autres pourparlers. Pour se faire une idée du caractère vague et imprécis de ses déclarations diplomatiques, il suffit de penser à la déclaration conjointe de Moon et de Kim lors de leur sommet bilatéral, par laquelle ils ont affirmé qu'ils partageaient le rêve d'une péninsule coréenne dénucléarisée.

Très probablement, Kim va proposer à Trump des assurances au ton encore plus encourageant que celles adressées à Moon, mais pas de beaucoup. Spécifiquement, les Nord-Coréens soutiendront que leur arsenal nucléaire sert à leur autodéfense - une réponse logique à des décennies d'hostilité supposée de la part des États-Unis. Ils mettront en scène la volonté de Trump de rencontrer Kim comme une première étape bienvenue sur la voie de la dénucléarisation ; puis ils retourneront le geste avec une certaine concession correspondante, telle qu'un gel sur l'examen des armes nucléaires ou sur les missiles à longue portée.

Mais quant à la question de savoir si la Corée du Nord reviendra au statut d'État non-nucléaire et rejoindra le Traité nucléaire de non-prolifération, Kim fera objection. Ce point, diront les dirigeants du Nord, prendra beaucoup plus de temps et nécessitera des mesures plus graduelles de la part des États-Unis et de leurs alliés dans la région, pour se défaire de la « méfiance » : un des soucis préférés des Nord-Coréens.

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Trump, quant à lui, n'accueillera pas d'un bon œil tout ce qui est « graduel » : ainsi il cherchera à user de raccourcis pour réaliser quelque chose qui ressemble à son objectif déclaré. Étant donné ses critiques des bases avancées américaines par le passé, il pourrait suggérer un geste spectaculaire pour prouver que les États-Unis n'ont aucune intention d'utiliser leurs troupes en Corée du Sud contre le Nord. Kim, sans aucun doute, sera intéressé et pourrait même accepter de trouver un accord en termes de « dénucléarisation » en échange du retrait des troupes américaines. Mais il cherchera par la suite à gagner du temps.

Trump pourrait également soulever la question des citoyens américains actuellement incarcérés dans les prisons nord-coréennes. À cela, Kim répondra probablement que s'assurer de la libération de tout prisonnier est difficile, étant donné le système judiciaire « indépendant » de la Corée du Nord ; mais il se présentera comme un humanitaire voulant faire tout ce qui est en son pouvoir pour abonder dans ce sens. Et il pourrait même exprimer ses condoléances en faveur d'Otto Warmbier, l'étudiant américain libéré l'année dernière des geôles nord-coréennes alors qu'il était dans le coma, qui n'a jamais repris conscience et qui est mort peu de temps après. Cependant il n'assumera probablement aucune responsabilité dans le passage à tabac subi apparemment par Warmbier.

Le sommet Trump-Kim aura d'importantes répercussions. Kim va probablement faire les délices de Trump avec ses projets de développement économique, ainsi qu'avec son objectif de faire de la capitale de la Corée du Nord, Pyongyang, une ville de classe mondiale avec - vous l'avez deviné - un hôtel de classe mondiale. Mais surtout, il expliquera pour quelles raisons les sanctions doivent être suspendues avant qu'il puisse même commencer à préparer le terrain de la dénucléarisation.

Trump aura besoin de plus que cela pour prétendre avoir réussi dans cette entreprise. Une possibilité est qu'il affrontera Kim sur la définition fuyante de la « dénucléarisation » par la Corée du Nord. Même sans convenir d'un calendrier, Kim pourrait au moins devoir reconnaître que la dénucléarisation signifie le démantèlement complet, vérifiable et irréversible du programme d'armement nucléaire de son pays.

En tout cas, pour montrer qu'il ne se fait pas « mener par le bout du nez, » Trump devra effectuer plusieurs tâches simultanément. Pour le bien de l'opinion publique en Corée du Sud, il devra se fixer un cap intermédiaire entre confirmer l'esprit du sommet inter-coréen et ne pas céder sur l'allégement des sanctions. Il ne doit également rien faire pour affaiblir les alliances des États-Unis avec la Corée du Sud et le Japon, qui exigeront de lui qu'il maintienne un contact étroit à la fois avec Moon et le Premier ministre japonais Shinzo Abe tout au long de ce processus, de peur que l'un ou l'autre chef d'État ne se sente ignoré ou déconsidéré.

En outre, il devra garder ouvertes toutes les solutions de rechange, bien que les options militaires deviennent moins défendables dans le contexte du dialogue inter-coréen. Plus important encore, il devra obtenir que le régime nord-coréen reconnaisse au moins que la dénucléarisation véritable est l'objectif et que ce régime accepte le processus d'un dialogue continu, ce qui pourrait déboucher sur un nouveau sommet.

Quel que soit le résultat, Trump ferait bien de se demander si ce dernier vaut mieux que l'Accord sur le nucléaire iranien, qu'il a décrit comme « le pire accord jamais conclu. » D'un autre côté, persuader Trump de procéder à son introspection pourrait bien s'avérer être le plus lourd défi à relever.

http://prosyn.org/3Wh7Vx3/fr;

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