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Trump le Pacificateur ?

MADRID – Il y a un demi-siècle, Israël a remporté la guerre des Six-Jours contre ses voisins arabes, en occupant les territoires qui s'étendent de la bande de Gaza à la Cisjordanie - et en imposant son autorité sur des millions de Palestiniens. Au cours des décennies suivantes, les Palestiniens ont pratiquement tout tenté en vue d'échapper à l'occupation répressive d'Israël : la résistance civile, le conflit armé ou encore la diplomatie internationale. Malheureusement toutes ces tentatives ont été vaines. Les palestiniens vont essayer à présent une nouvelle approche : la négociation avec le Président Donald Trump.

Tous les présidents américains depuis 1967 ont cherché à résoudre le conflit israélo-palestinien. Bill Clinton en particulier a proposé les paramètres les plus approfondis et les plus judicieux d'un règlement de paix jamais conçu par un homme d'État étranger. Pourtant, en toute confiance, Trump affirme qu'il va « obtenir » un accord qui, selon lui, « n'est pas si difficile à conclure qu'on se l'imagine. »

Il va sans dire que tout le monde n'est pas aussi optimiste que Trump. Les Israéliens et les Palestiniens ont largement perdu tout espoir en l'existence même d'une solution mutuellement acceptable. Mais le spectre d'un État binational enfermé dans une guerre civile permanente a jusqu'à présent empêché les acteurs concernés d'abandonner. En fait, les Palestiniens et la gauche israélienne semblent s'être soudainement entichés de Trump, même si cela montre sûrement plus leur désespoir que la chance réelle d'une avancée.

Pour Trump, l'intérêt de négocier un accord de paix a des très grandes chances de consister pour l'essentiel dans les effets éventuels sur son héritage politique. Bien qu'il ait du pain sur la planche - de l'impudence nucléaire de la Corée du Nord à la Russie qui empiète sur les sphères d'influence de l'Occident - et que ses chances de succès soient extrêmement réduites, la perspective de conclure un « big deal » là où tous ses prédécesseurs ont échoué est tout simplement trop tentante pour être négligée.

Quelle que soit sa motivation, Trump a certains avantages importants. Contrairement à un politicien typique de la Côte Est, Trump n'est pas tributaire des votes ni des dons de juifs américains. À ce titre, il a donc peu de raisons de ne pas critiquer, voire de ne pas menacer Israël publiquement.

Au début de l'année dernière, Trump s'est distingué de tous les interlocuteurs américains passés, en se décrivant comme « un gars neutre » sur la question du conflit israélo-palestinien. Bien qu'il se soit éloigné depuis lors de cette rhétorique inhabituelle et controversée de neutralité, il n'en reste pas moins que sa base électorale, les hommes blancs en colère de la classe ouvrière, se soucie peu d'Israël.

En outre, Trump va bénéficier de conditions régionales très favorables. Les principaux acteurs arabes du Moyen-Orient sont dernièrement plus ouverts que jamais aux propositions d'Israël visant à avancer vers la paix avec les Palestiniens.

La dynamique nécessaire à ces ouvertures a été mise au premier plan lors du récent voyage de Trump en Arabie Saoudite. Lors d'un rassemblement ostentatoire de 50 des dirigeants arabes sunnites à Riyad, Trump a déclaré qu'un accord de paix israélo-palestinien serait un fort ciment pro-américain de l'Alliance israélo-arabe contre le terrorisme islamiste et contre la résurgence de l'Iran. Sans un règlement de paix israélo-palestinien, la coopération stratégique ne serait pas acceptable pour l'opinion publique arabe.

Un autre fait favorable est que, contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, Trump a formulé son offre en faveur d'un accord de paix au début de son mandat, plutôt qu'à son terme, ce qui insuffle ainsi un sentiment d'énergie, de conviction et d'engagement dans la position qu'il défend. De plus, il n'a pas besoin d'élaborer des solutions potentielles à partir de zéro : presque chaque approche du processus de paix a déjà été tentée. Par conséquent, un accord ne dépend pas de la créativité des négociateurs.

Mais il dépend plutôt de la volonté politique. Les dirigeants doivent faire preuve de courage, en proposant des compromis très impopulaires sur certains des principaux thèmes de controverse. Malheureusement, c'est peut-être le seul domaine où Trump n'a aucun avantage sur ses prédécesseurs.

Israël est gouverné par l'administration la plus fanatiquement à droite de son histoire et le Premier ministre Benyamin Netanyahou a toujours refusé de se désengager de sa base électorale nationaliste au nom de la paix. L'idée qu'un tel gouvernement puisse accepter des conditions encore plus généreuses envers les Palestiniens que les paramètres de Clinton pour la paix ressemble à de la science-fiction.

Les Palestiniens ne sont pas prêts non plus à faire des compromis. Ils ont rejeté les propositions de gouvernements israéliens bien plus progressistes que celui de Netanyahou au cours des 20 dernières années. Dans tous les cas, le Président Mahmoud Abbas n'a pas la légitimité pour tourner le dos à l'héritage de son prédécesseur Yasser Arafat et le Hamas est confronté à la nécessité d'un compromis sur les éléments essentiels de l'histoire palestinienne.

Novice sur le plan diplomatique, Trump ne saisit peut-être pas entièrement à quel point il a été difficile de maintenir ouvertes les négociations entre les Israéliens et les Palestiniens. Mais son expérience personnelle devrait lui permettre de mieux comprendre que la plupart des gens combien un ego peut nuire au moindre compromis. Dans le cas d'Israël et de la Palestine, des désaccords relativement mineurs ont été suffisants pour faire échouer le processus de paix à plusieurs reprises.

Trump risque d'être particulièrement à désavantagé pour surmonter ces divergences, en raison de son manque de patience. Dans le conflit israélo-palestinien, les récits historiques ont un poids énorme et la géographie est très réduite, donc aucun détail ne peut être passé sous silence. Pourtant Trump semble n'accorder que peu d'intérêt à l'histoire, à la géographie ou aux détails.

Les Israéliens et les Palestiniens sont unis dans une alliance contre nature de l'inertie et de la lâcheté politique, où chaque camp craint que la remise en question du statu quo ne conduise à une explosion de conflits violents. La meilleure chose que Trump peut réussir à provoquer est un remaniement de la politique israélienne et une nouvelle reconnaissance envers les Palestiniens divisés.

Pour persuader les dirigeants israéliens et palestiniens de prendre le risque politique qu'impliquent ces compromis, il faudra une pression considérable à la fois de la part des États-Unis et des voisins arabes d'Israël. D'ici là, les dirigeants politiques des deux camps continueront à donner à leurs citoyens non pas ce dont ils ont besoin, mais ce avec quoi ils se sentent à l'aise.