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Démocratie autoritaire ou libéralisme non démocratique ?

CAMBRIDGE – Comment en est-on arrivé là ? En l'espace de quelques mois, la perspective d'un Donald Trump président est passée du stade de spéculation absurde à celui d'éventualité terrifiante. Comment un homme dépourvu de pratiquement toute expérience politique et qui manifeste un tel mépris pour les faits a-t-il pu devenir un candidat plausible pour la Maison Blanche ?

Dans un essai très discuté, Andrew Sullivan écrivait récemment que la montée de Trump est due à un "excès de démocratie". Il estime que l'anti-intellectualisme de l'extrême-droite et l'anti-élitisme de l'extrême-gauche sont parvenus à marginaliser l'establishment politique. Parallèlement, Internet sert de caisse de résonance à la colère et à l'ignorance. Aujourd'hui ce n'est plus les idées ou la substance qui comptent en politique, mais la volonté de mettre sur le devant de la scène des revendications abjectes – un exercice dans lequel Trump excelle.

Dans une réplique cinglante, Michael Lind rétorque que Sullivan se trompe du tout au tout : pour lui c'est "l'insuffisance de démocratie" qui est coupable. Il souligne que Trump réussit le mieux parmi les électeurs qui ont l'impression de ne pas être pris en compte et se disent : "les gens comme moi n'ont pas leur mot à dire".

Ce sentiment est de plus en plus partagé, parce qu'aujourd'hui ce sont des technocrates qui prennent certaines des décisions les plus importantes. Même dans les domaines où ce sont des représentants élus qui décident, leur choix traduit rarement les préférences des citoyens.