0

Combattre Al-Qaïda

PRINCETON – Les responsables d’Al-Qaïda et leur doctrine ont beau avoir leurs racines en Arabie saoudite, leur réseau a été tout sauf écrasé, dans ce royaume qui manie la carotte et surtout le bâton. L’attentat manqué le mois dernier à Djedda, ciblant le prince Mohammed Ben Nayef, vice-ministre de l'Intérieur chargé des Affaires de sécurité, illustre ces deux facettes de la stratégie saoudienne, ainsi que la façon dont Al-Qaïda a échoué dans sa tentative de redorer son blason.

Le kamikaze s’appelait Abdullah Al-Asiri et c’était un Saoudien appartenant à Al-Qaïda. Il rentrait du Yémen, en prétendant se repentir du terrorisme et vouloir se livrer directement au prince Mohammed dans son palais. Un peu plus tôt ce jour-là, le prince avait fait rapatrier le kamikaze à bord de son jet privé, depuis la frontière yéméno-saoudienne, et aurait donné l’ordre de ne pas le soumettre à une fouille très poussée. Asiri avait pourtant une bombe dissimulée dans son corps, un engin explosif d’une livre, qu’il a fait exploser près du prince. Mais la bombe n’était pas enchâssée dans une coque de métal et elle n’a tué que le terroriste.

Vue de l’extérieur, cette affaire semble due à une grosse bévue des services de sécurité, comme si le chef du FBI avait accueilli en personne l’un des lieutenants de Ben Laden à une garden party. Mais c’est précisément ce type d’approche personnalisée que la royauté saoudienne privilégie pour mettre les membres d’Al-Qaïda en défaut. Et cette politique, bien que risquée, explique en partie la déroute d’Al-Qaïda en Arabie saoudite. La personnalisation à outrance de la politique fait partie de ce que l’on pourrait appeler le théâtre de l’Etat saoudien, qui permet de maintenir fermement la royauté au pouvoir.

Depuis 2003, le prince Mohammed mène dans le royaume une offensive réussie contre un islamisme violent. Pour ce qui est des opérations de sécurité armée, il a doté le pays de services de renseignements et de forces de police d’une grande puissance, aux méthodes à la fois efficaces et brutales. En parallèle, le prince se sert habilement de diktats culturels et religieux profondément ancrés, pour amener les recrues d’Al-Qaïda à renoncer à la violence.