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La charade du libre échange

NEW YORK – Alors que rien, depuis son lancement il y a près d'une dizaine d'années, n'est sorti du Programme de Doha pour le développement, un cycle de négociations commerciales mondiales sous l’égide de l'Organisation mondiale du commerce, un autre round de négociations est en préparation. Cependant, cette fois, les négociations ne se dérouleront pas sur une base multilatérale mondiale; au lieu de cela, deux grands accords régionaux – l’un transpacifique et l’autre transatlantique – doivent être négociés. Les prochains pourparlers sont-ils susceptibles d'avoir plus de succès?

Le Cycle de Doha a été torpillé par le refus des États-Unis de mettre fin à leurs subventions agricoles – une condition sine qua non pour tout véritable cycle de développement, étant donné que 70% de la population des pays en développement dépend de l'agriculture, de manière directe ou indirecte. La position américaine était véritablement à couper le souffle, étant donné que l'OMC avait déjà jugé que les subventions accordées au coton américain – qui bénéficient à moins de 25.000 riches agriculteurs – étaient illégales . La réponse de l'Amérique a été de corrompre le Brésil, qui avait déposé la plainte, pour le convaincre de ne pas poursuivre l'affaire, laissant sur le carreau des millions de pauvres cultivateurs de coton en Afrique subsaharienne et en Inde, qui souffrent de la baisse des prix en raison de la générosité de l'Amérique envers ses riches agriculteurs.

Compte tenu de cette histoire récente, il semble maintenant clair que les négociations visant à créer une zone de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Europe, et un autre entre les Etats-Unis et une grande partie du Pacifique (à l'exception de la Chine), ne portent pas sur l'établissement d'un véritable système de libre-échange. Au lieu de cela, l'objectif est un régime commercial géré – géré, c'est à dire qui sert les intérêts particuliers qui dominent depuis longtemps la politique commerciale occidentale.

Il y a quelques principes de base que ceux qui entament les discussions devront, on l'espère, prendre à cœur. Tout d'abord, tout accord commercial doit être symétrique. Si, dans le cadre du « Partenariat transpacifique » (TPP), les Etats-Unis exige que le Japon élimine ses subventions à la production rizicole, les États-Unis devraient, en retour, offrir d’éliminer leurs propres subventions à la production (et sur la consommation d’eau), non seulement sur le riz (qui est relativement peu important aux États-Unis), mais aussi sur d'autres produits agricoles.