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La fin des modernisateurs russes

MOSCOU – La décision du président Dmitri Medvedev de limoger Iouri Loujkov, maire de Moscou depuis 1992, est l’action la plus déterminante de sa présidence. Est-elle due à sa volonté de moderniser la Russie ou à la naissance d’une confrontation avec le véritable homme de main de la capitale, le Premier ministre Vladimir Poutine ?

Anatoly Chubais, le père de la privatisation russe des années 1990, président actuel du conglomérat d’Etat pour les nanotechnologies RosNano, a récemment admis que les perspectives de modernisation politique en Russie sont minces. D’après lui : « Personne n’en veut pour le moment. Or, une telle demande doit provenir d’un groupe social ». Il est même allé plus loin en conversant avec des investisseurs étrangers, avançant que le jour où la menace du fascisme pèsera davantage encore, les discussions « Poutine/ Medvedev » et « Poutine ou Medvedev » seront bien peu de chose à côté.

Cette vision peut s’expliquer du fait que Chubais a plutôt intérêt à empêcher l’Occident de rabrouer les dirigeants russes pour violation des droits de l’homme et restriction des libertés. Pour éviter une situation plus mauvaise encore, les Etats-Unis et l’Europe devraient soutenir le tandem Poutine-Medvedev, dans l’espoir qu’ils fourniront un environnement stable et sûr aux investisseurs. Ancien réformateur, Chubais est aujourd’hui complice à part entière des mesures du régime, ce qui ne l’empêche pas de dire la vérité.

Le modernisateur en chef de la Russie et protégé du président Dmitri Medvedev, Igor Iourgens de l’Institut du développement contemporain russe, est plus ou moins du même avis. Il pense en effet que les Russes « ne sont pas des citoyens, mais plutôt des gens tribaux » et qu’il est peu probable que le caractère archaïque de la société russe ne change avant 2050.