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Les idées économiques : un marché fermé

MILAN – Imaginez que vous vous soyez endormi en 2006, et que vous vous réveilliez seulement aujourd’hui. L’économie mondiale vous semblerait à peine reconnaissable. En effet, pendant que vous rêviez de fortunes immobilières, les États-Unis et l’Europe ont été frappés par la plus grave crise financière depuis 80 ans, tandis que l’économie étatiste chinoise a rapidement pris le dessus sur l’Allemagne et le Japon, jusqu’à devenir la deuxième économie mondiale (sachant par ailleurs qu’en dépit de son récent ralentissement, elle devrait bientôt surpasser l’économie américaine).

Face à des changements aussi considérables et inattendus, vous seriez sans doute encore plus surpris d’observer ce qui n’a pas évolué : la manière dont les économistes réfléchissent sur eux-mêmes et sur leur discipline.

Pour le constater, il suffit de se rendre sur le site web Ideas.RePEc.org. Le site RePEc (Research Papers in Economics) fournit sans doute ce qui se rapproche le plus d’une hiérarchisation crédible des économistes, un peu à la manière du classement ATP intéressant les joueurs de tennis professionnels. Totalement ouvert et entièrement gratuit (grâce à la contribution de centaines de volontaires issus de 82 pays), ce site propose en ligne une base de données décentralisée, qui rassemble près de deux millions de travaux liés à la recherche économique, tels que documents de réflexion, articles de presse, ouvrages et autres logiciels. Son indice d’influence évalue le nombre de citations faisant référence à chaque auteur, en prenant en compte l’impact et l’époque concernée (sans quoi Adam Smith et Karl Marx occuperaient encore aujourd’hui le haut du classement).

Ce classement étant mis à jour chaque mois, RePEc permet aux internautes de découvrir quels économistes sont considérés par leurs pairs comme les plus influents au cours du temps. J’ai ainsi comparé le classement de décembre 2006 avec celui de septembre 2015, afin de déterminer si l’indice RePEc avait évolué en phase avec la réalité économique.