5

Europe : l'erreur qui se prépare

PRINCETON – En construisant l'union monétaire européenne, les dirigeants politiques n'ont pas envisagé toutes ses conséquences, ce qui a conduit à des défauts structurels majeurs. Pire encore, ils ne semblent pas avoir tiré le moindre enseignement de cette expérience, car ils sont sur le point de commettre des erreurs analogues avec la construction de l'union politique.

La crise financière pousse l'Europe vers plus d'intégration, ce qui suppose de créer de nouveaux mécanismes d'expression politique. Bien avant la crise, l'UE était perçue comme souffrant d'un "déficit démocratique". Maintenant que beaucoup d'Européens critiquent l'UE en raison des mesures d'austérité et de son cortège de souffrances, ce déficit soulève de plus en plus de protestations. Aussi les dirigeants politiques envisagent maintenant d'y remédier.

Malheureusement, l'Europe souffre d'un autre déficit : l'absence de leadership politique. Il n'existe pas aujourd'hui l'équivalent des personnages charismatiques du milieu du 20° siècle : Churchill, Adenauer et de Gaulle. Les citoyens européens associent avant tout l'UE à la grisaille bureaucratique et à la rationalité technocratique.

Les responsables européens veulent combler ce déficit en démocratisant la Commission européenne. Son président, José Manuel Barroso, propose que lors des prochaines élections au Parlement européen, les partis politiques idéologiquement proches constituent des "familles" politiques qui soutiendraient une candidature commune pour la présidence de la Commission. De cette manière, les électeurs seraient impliqués plus directement dans le choix du dirigeant de l'exécutif européen. Ils auraient l'impression de choisir un gouvernement et les candidats chercheraient à faire preuve de davantage de charisme pour être élus.