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De l’intérêt d’être sous-évalué

Les marchés émergents sont aujourd’hui confrontés à ce dilemme majeur : d’un côté, une croissance économique durable requiert une monnaie compétitive (c’est-à-dire sous-évaluée), de l’autre côté, au premier signe de bons résultats économiques la monnaie prend de la valeur, et il est beaucoup plus difficile de rester compétitif.

Vous venez d’adopter une législation essentielle très attendue ? Votre parti, conscient de ses responsabilités en matière fiscale, vient de remporter les élections ? Vos exportations sont en plein essor ? Félicitations ! Sachez tout de même que votre monnaie va s’apprécier, déclenchant probablement une hausse non viable de la consommation, avec des effets dévastateurs pour vos exportations, du chômage et un moindre potentiel de croissance. La rançon du succès ne se fait pas attendre !

Pour éviter cela, les banques centrales peuvent intervenir sur le marché des devises, en accumumant des titres étrangers à faible rendement, et en s’écartant de leur but premier, à savoir la stabilité des prix. C’est la stratégie choisie par exemple par la Chine et l’Argentine.

La banque centrale peut aussi laisser faire le marché, au risque de s’attirer les foudres des entreprises, des travailleurs, du reste du gouvernement, de presque tout le monde en somme à l’exception des milieux financiers. C’est la voie choisie par la Turquie et l’Afrique du Sud, qui ont adopté des régimes plus classiques de “ciblage d’inflation”.