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La Guerre des Nations unies contre la science

Kofi Annan, le Secrétaire général des Nations unies déclarait récemment que la recherche mondiale et les avancées scientifiques sont marquées par certaines inégalités. Remarquant que les pays en développement investissent bien moins dans la recherche scientifique et produisent bien moins de scientifiques, Kofi Annan mettait en garde contre le déséquilibre qui en résulte dans la distribution géographique de l'activité scientifique et qui crée des problèmes pour la communauté scientifique des pays en développement et pour le développement lui-même. Il a invité les chercheurs et les institutions scientifiques internationales à résoudre cette inégalité pour permettre à tous de bénéficier des avancées scientifiques.

Quel humanisme ! Quel esprit ! Quelle hypocrisie !

Erdogan

Whither Turkey?

Sinan Ülgen engages the views of Carl Bildt, Dani Rodrik, Marietje Schaake, and others on the future of one of the world’s most strategically important countries in the aftermath of July’s failed coup.

Les Nations unies sont censées surveiller les Droits de l'homme, dont le plus élémentaire est le droit de se nourrir. Quand les Droits de l'homme sont en danger, cela vient dans la plupart des cas du dénuement total dans lequel les gens vivent. Un facteur qui contribue à cette pauvreté est l'incapacité des populations à se nourrir correctement. La mission de l'ONU devrait porter sur l'autosuffisance en matière de production alimentaire pour tous. Au lieu de cela, l'intérêt égocentrique des bureaucrates de l'ONU empêche de fait les populations pauvres d'améliorer leurs conditions de vie et même de survie.

En effet, le sacrifice gratuit de la science et des technologies que l'ONU exerce au bénéfice des ses propres intérêts bureaucratiques crée des obstacles importants pour les innovations qui pourraient aider les populations les plus pauvres. En particulier, l'implication des Nations unies dans la réglementation excessive et irrationnelle de la biotechnologie, autrement dit de la modification génétique (GM), ralentira la recherche agricole et le développement, favorisera la destruction de l'environnement et l'arrivée de famines et de pénuries d'eau dans de nombreux pays en développement.

Kofi Annan, le Secrétaire général, prouve une fois de plus, comme si nous avions besoin de preuves supplémentaires, que les discours ne coûtent rien. Ces dix dernières années, les délégués de la Convention sur la diversité biologique, tenue à l'initiative des Nations unies, on négocié un « protocole sur la biosécurité » pour réglementer les déplacements internationaux des OGM, fondé sur le « principe de précaution » bidon qui oblige toute nouvelle technologie, y compris, dans le cas des OGM, des améliorations apportées à des technologies moins précises, a prouver qu'elle est totalement sans danger avant de pouvoir être utilisée.

Il est assurément préférable de prendre certaines précautions mais dans la mesure où rien ne peut être totalement sans danger, du moins pas de la manière dont le réclament les régulateurs, le principe de précaution est devenu une entrave autodestructrice pour le développement de nouveaux produits. Le règlement de précaution fait passer la charge de la preuve du régulateur, qui autrefois devait apporter la preuve qu'une nouvelle technologie n'était pas sans danger, à l'innovateur, qui doit maintenant faire la preuve que la technologie est bien inoffensive.

Ce changement est inquiétant car il donne carte blanche aux organismes régulateurs qui peuvent dès lors exiger les tests de leur choix à profusion. Plutôt que de créer un cadre uniforme, prévisible et scientifiquement fondé pour une gestion raisonnable des risques, ce protocole sur la biosécurité établit un processus de régulation mondial mal défini qui permet aux régulateurs corrompus, incompétents et trop prudents de se cacher derrière le principe de précaution pour retarder ou reporter les accords.

De tels exemples comprennent un moratoire de cinq ans sur l'approbation des plants d'OGM à travers toute l'Europe et le rejet de l'aide alimentaire dont ont cruellement besoin certains pays pauvres d'Afrique, pour la seule raison de la présence de grains de variétés d'OGM consommés régulièrement en Amérique du Nord. De même, un groupe de réflexion de la Commission du Codex Alimentarius (qui comporte 165 membres), le Programme mixte FAO/OMS sur les normes alimentaires de l'ONU, a déjà singularisé les produits alimentaires contenant des OGM pour diverses procédures et exigences régulatoires draconiennes et parfois étranges.

Les Européens veulent empêcher la production d'OGM parce que cette technologie a été développée dans des laboratoires américains, commercialisée par des entreprises américaines et financée par des capitaux américains. Ils sont aidés dans cette tâche par des organisations non gouvernementales radicales et environnementalistes (ONG), qui siègent dans les réunions du Codex, et qui sont idéologiquement opposées à toute nouvelle technologie.

En juillet, la totalité des membres du Codex a approuvé diverses procédures et obligations qui sont mieux à même d'éliminer les risques liés aux médicaments sur ordonnance et aux pesticides qu'aux tomates, pommes de terre et fraises génétiquement modifiées. Elles portent sur la surveillance à long terme des effets négatifs sur la santé et sur des batteries de tests portant sur la stabilité génétique, les toxines, l'allergénicité, etc.

Ce régime régulatoire enlèvera aux pays moins développés le bénéfice des technologies dont ils ont précisément besoin. Les standards du Codex pour les aliments génétiquement modifies sont inquiétants non seulement du fait de leur effet direct sur la recherché et le développement mais aussi parce que les membres de l'Organisation mondiale du commerce devra, en principe, les respecter. Ces standards couvriront des pratiques commerciales déloyales, sans réciprocité des termes d'échange.

En effet, Jean Halloran, membre du groupe Consumers International, opposé aux biotechnologies décrit le Codex comme une défense légale contre l'OMC et son défi lancé aux pays qui interfèrent arbitrairement avec les échanges d'aliments biotechnologiques. « S'il existe un standard Codex », fait-elle remarquer, « aucun pays ne peut s'opposer [aux pratiques commerciales déloyales] et défier un autre pays qui suivrait ce standard du Codex ». Pourtant, sans standard Codex, les pays peuvent s'opposer les uns aux autres à tout propos.

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Malheureusement, Halloran a raison. Mais les standards et les régulations illogiques qu'elle défend au nom de la population de la terre fait du tort en fait à l'environnement et à la santé publique, étouffant le développement d'innovations qui n'agressent pas l'environnement et qui peuvent accroître la productivité agricole, aider à se débarrasser de déchets toxiques, conserver l'eau et remplacer les produits chimiques utilisés en agriculture. Les experts des Nations unies eux-mêmes préviennent de la plus grande menace contre l'environnement sur notre planète vient de la population mondiale en pleine explosion et de ses exigences : consacrer toujours plus de terres à la production alimentaire.

Partout dans le monde les chercheurs s'accordent à dire que les OGM ne sont qu'une version améliorée de techniques génétiques moins précises et moins prévisibles que l'on utilise depuis des siècles, et pourtant cette nouvelle méthode pour développer des plants plus productifs et porteurs de traits innovants va être bloquée par les entraves de régulations qui ne sont pas nécessaires. Moralement, cela n'est guère différent de la permission de construire une digue qui ne serait pas sans risque ou de l'administration d'un vaccin contaminé. De nombreuses personnes vont souffrir sans raison et mourir du fait de ces restrictions arbitraires et irrationnelles que l'on impose aujourd'hui à notre capacité de les aider à s'aider eux-mêmes. Les Nations unies et son Secrétaire général devraient être tenus responsables de cette catastrophe pour les Droits de l'homme.