Les Deux visages de Berlusconi

Silvio Berlusconi vient de subir un premier mois agité à la tête de la présidence de l'Union européenne pour six mois. Une grande partie de l'Europe a l'occasion d'entendre parler pour la première fois du premier ministre italien millionnaire, et nombreux sont ceux qui n'aiment pas ce qu'ils découvrent. Pourtant l'Europe devrait regarder au-delà de la langue fourchée de Berlusconi quand ils évaluent la nature de son régime. Ils n'aimeront peut-être toujours pas ce qu'il représente et sa façon de gouverner, mais ils verront qu'il n'est pas « l'homme fort » incontesté que de nombreux Européens imaginent.

La coalition de centre droit de Berlusconi a remporté l'élection en 2001 en revendiquant d'être la seule force politique capable de lancer, et de compléter, un programme de réformes ambitieux. Malheureusement pour l'Italie, il ressort que le premier ministre Berlusconi avait deux programmes de réformes. L'un est centré sur ses propres intérêts économiques et judiciaires (appelons cela son programme de « réformes personnelles »), qu'il a déjà en grande partie poursuivi et mis en place sans états d'âme. L'autre, son programme de « réformes générales », retient à grand peine son attention et semble ne pas devoir y arriver à l'avenir.

Le parlement italien, où la coalition berlusconienne au pouvoir détient une majorité écrasante, vient d'adopter quatre lois conçues pour protéger le premier ministre contre toutes poursuites et autres condamnations. Une « réforme » légale abolit presque la fraude comptable, tandis qu'une autre rend difficile, voire impossible, de rassembler des preuves depuis l'étranger pour n'importe quelle infraction. Une troisième loi permet aux procès d'être transférés dans le tribunal d'une autre juridiction s'il existe un doute légitime sur la partialité des juges, un reproche que Berlusconi fait régulièrement aux magistrats de Milan (qu'il appelle les « magistrats rouges ») qui enquêtent sur lui. Finalement, une dernière loi garantit l'immunité aux cinq plus grands magistrats de l'État, dont le premier ministre évidemment, contre toutes poursuites.

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