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Le crépuscule de Pervez Musharraf

Il se dit que le pouvoir politique au Pakistan découle des trois A : Allah, l’Armée et le soutien de l’Amérique. Des trois, c’est l’armée qui dispose le plus clairement des moyens de débarrasser le pays de Pervez Musharraf, le président en uniforme du Pakistan. Et c'est aussi la principale raison pour laquelle tout accord de partage du pouvoir avec l’ancien Premier ministre Benazir Bhutto a peu de chances de mettre fin à la tourmente politique qui secoue le Pakistan.

Musharraf espérait pouvoir proroger son mandat présidentiel cet automne sans céder aux pressions de l’opposition, qui demande qu’il renonce à ses fonctions militaires et qu’il nomme un civil au poste de Premier ministre. Mais peu de dirigeants dans le monde doivent faire face à une opposition aussi forte au plan intérieur.

Depuis son arrivée au pouvoir à la suite d’un coup d’État en 1999, Musharraf a survécu à au moins trois tentatives d’assassinat. Son alliance avec les Etats-Unis dans la guerre contre le terrorisme a sérieusement compromis ses liens politiques avec les conservateurs religieux, avant même que les troupes gouvernementales ne prennent d’assaut la mosquée Rouge à Islamabad, provoquant la mort de plus de 100 personnes. La menace d’attentats terroristes dans le pays ira sans doute crescendo.

Musharraf compte également nombre d’ennemis laïcs. Leur colère, provoquée par la tentative maladroite faite par Musharraf de démettre de ses fonctions, en mars dernier, le chef de la Cour suprême, le magistrat rebelle Iftikhar Muhammad Chaudry, ne se calme pas. La Cour a récemment autorisé Nawaz Sharif, que Musharraf avait déposé il y a huit ans, à revenir d’exil.