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La terreur à nos portes ?

NEW-DELHI – Les remous provoqués par les actes terroristes qui ont eu lieu récemment à Bombay ébranlent l'Inde. La mise en évidence de sa vulnérabilité et les multiples lacunes institutionnelles qui ont rendu possible cette tuerie a engendré une colère profonde à travers tout le pays, conduisant à la démission du ministre de l'Intérieur du gouvernement fédéral, ainsi que du Premier ministre et du vice-Premier ministre de l'Etat de Maharashtra dont Bombay est la capitale. Comme il devient manifeste que cette action a été planifiée et dirigée depuis le Pakistan, les appels à une action résolue redoublent. Mais que peut faire l'Inde ?

Les terroristes ont frappé de nombreuses cibles à Bombay, tant au sens propre qu'au sens figuré. Dans une presque totale impunité, ils ont semé la mort et la destruction, touchant à vif la psyché de l'Inde, révélant les limites de son système de sécurité et humiliant son gouvernement. Ils ont flétri l'image de ce pays sur la scène internationale en tant que géant économique émergeant, une réussite de l'époque de la mondialisation et un pole de plus en plus attractif pour les investisseurs et les touristes. A la place, le monde a vu un pays fragile et vulnérable, un "Etat faible", déstabilisé par des ennemis qui peuvent le frapper à volonté.

Et ce n'est pas tout. En ciblant particulièrement les Américains, les Britanniques et les Israéliens, les terroristes ont élargi la guerre mondiale des islamistes contre "les juifs et les Croisés" à un nouveau territoire. Ayant fait pendant trois tristes jours la une des médias du monde entier, les tueurs ont remporté une sinistre victoire, une victoire qui a dû secouer les experts de l'antiterrorisme du monde entier. Ils réalisent maintenant combien il est facile pour une dizaine d'hommes qui ne craignent pas la mort de prendre en otage n'importe quelle ville de la planète.

L'interrogatoire du seul terroriste survivant, l'interception des communications téléphoniques par satellite et d'autres sources d'informations tendent à confirmer que cette action a été fomentée par le Lashkar-e-Taiba, un mouvement terroriste d'inspiration wahhabite. Or il a été à une époque patronné, protégé et entraîné par l'ISI (le service de renseignement pakistanais) à titre d'outil efficace dans la guerre par allié interposé contre l'Inde au Cachemire. Après son interdiction par le général Moucharraf après le 11 septembre, ce mouvement (qui considère les USA, Israël et l'Inde comme des "ennemis existentiels de l'islam") s'est reconstitué sous un autre nom et se trouve plus puissant qu'auparavant.