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La fin du secret

La transparence n’est pas toujours un exercice facile dans les nouvelles démocraties d’Europe orientale. C’est ce qu’a découvert le Premier ministre hongrois Ferenc Gyurcsany, lorsqu’un enregistrement dans lequel il avouait les mensonges de son gouvernement a déclenché des émeutes. Comme la Hongrie, la Roumanie post-communiste s’est efforcée d’encourager l’ouverture et l’honnêteté dans une société qui comptait autrefois parmi les plus fermées au monde. Mais la persistance d’une culture du secret a fait exploser la corruption et les abus de pouvoir.

On remarque cependant une véritable évolution vers plus de transparence, évolution reconnue par l’Union européenne qui a donné le feu vert à la Roumanie pour une adhésion au début de l’année 2007. Outre la mise en place de ce que l’UE tient aujourd’hui pour une “ économie de marché opérationnelle ”, des réformes essentielles dans le domaine politique et juridique, dont j’ai la charge, vont du renforcement de la transparence et du contrôle du financement des partis politiques à la réorganisation du système judiciaire.

Les réformes judiciaires contribuent à déraciner la corruption. Des ministres et des anciens ministres, des parlementaires, des magistrats, des avocats, et des membres des forces de police, des douanes et d’autres organes publics, ainsi que des chefs d’entreprises privées, ont été mis en examen. Par ailleurs, de nouveaux formulaires ont été mis au point pour les déclarations de patrimoine et d’intérêts financiers par les personnes occupant des fonctions officielles au gouvernement, au parlement, dans l’administration publique et locale et dans le système judiciaire. Les nouvelles modalités de déclaration sont les plus détaillées en Europe, et surtout elles sont rendues publiques.

Les progrès de la Roumanie sont confirmés par un rapport publié ce mois-ci, selon lequel les citoyens d’Europe orientale ont désormais accès aux informations gouvernementales tout autant que ceux des démocraties établies de longue date. Le rapport Transparency and Silence, de l’Open Society Justice Initiative (disponible sur www.justiceinitiative.org ), indique même que les nouvelles démocraties font parfois mieux que les anciennes : certains organes gouvernementaux roumains répondent davantage aux demandes d’information des citoyens que leurs homologues français ou espagnols. Plus précisément, 60 % des demandes sont satisfaites en Roumanie, contre 31 % en France et 24 % en Espagne. Parmi les autres bons élèves, on peut citer le Pérou et le Mexique, deux pays qui ont adopté une législation relative à la liberté de l’information en 2002, peu après la Roumanie.