0

Le Syndrome de la schizophrénie

La schizophrénie affecte 1% de la population mondiale. Les premiers symptômes apparaissent habituellement vers l'âge de vingt-cinq ans et l'on ne s'en remet jamais totalement. Pire encore, nous ne savons que très peu de choses sur les causes de la schizophrénie.

D'une part, il existe de fortes preuves sur le fondement biologique de la schizophrénie, parce qu'il frappe certaines familles, ce qui indique un facteur génétique. Il existe aussi des anomalies subtiles de la structure du cerveau. Les traitements médicamenteux, particulièrement ceux qui ciblent le neurotransmetteur dopamine peuvent réduire les symptômes mais les mécanismes de cet effet sont inconnus et les effets secondaires néfastes peuvent se produire et de fait se produisent.

Chicago Pollution

Climate Change in the Trumpocene Age

Bo Lidegaard argues that the US president-elect’s ability to derail global progress toward a green economy is more limited than many believe.

D'autre part, les symptômes caractéristiques de la schizophrénie appartiennent définitivement au domaine de l'esprit. Les patients font état d'hallucinations (fausses perceptions) et de délires (fausses croyances). Un patient pourra entendre ses propres pensées parlées à haute voix ou des voix parlant de lui. Il pourra croire que des forces étrangères contrôlent ses actions ou introduisent des idées dans son esprit. Pour le neuropsychiatre, le défi est de montrer comment un dysfonctionnement du cerveau peut mener à ces expériences étranges. Mon propre point de départ dans la compréhension de la schizophrénie fut l'observation du fait que la " voix " que le patient entend parfois lui appartient sans aucun doute. Cette observation éclaire le problème de manière légèrement différente : il n'est plus question de savoir pourquoi le patient entend des voix, mais plutôt pourquoi il prend sa propre voix pour celle d'un inconnu. Cette question s'applique à d'autres symptômes également. Ainsi, par exemple, les patients vivant des délires de contrôle rapportent que leurs mouvements leur sont étrangers : ils semblent faits par quelqu'un d'autre. Cela n'est pas aussi surprenant qu'il pourrait y paraître. Après tout, chacune des actions que nous réalisons cause des modifications de nos sensations. Quand nous parlons, nous entendons le son de notre propre voix. Quand nous bougeons le bras, nos sensations tactiles et kinesthésiques sont modifiées. Mais rien dans la nature de ces sensations ne les distingue d'événements externes : le son de la voix d'autrui, quelqu'un qui soulèverait notre bras.

Normalement, nous n'avons aucune difficulté à reconnaître si la sensation est causée par nos propres actions ou non, car les actions que nous causons peuvent être prévues. Sur la foi des commandes moteur que nous envoyons à nos muscles, nous pouvons prévoir précisément les sensations que notre action déclenchera. C'est pourquoi nous ne pouvons pas nous chatouiller nous-mêmes. Si nous caressons notre paume gauche avec notre main droite, la sensation est minime. Mais le sentiment est très intense si quelqu'un d'autre ou une machine réalise la stimulation.

Le même phénomène peut être observé dans le cerveau à l'aide de l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMF). Caresser la paume de la main cause l'activation d'une partie du cerveau -le lobe pariétal- qui traite cette stimulation tactile. Mais l'activité du cerveau est bien moins importante quand la personne scannée se caresse elle-même sa propre paume. Ce mécanisme, appelé décharge corollaire ou réafférence, réduit notre expérience des sensations que nous causons par nos propres actions. Cela nous permet d'identifier les modifications les plus importantes dans les sensations causées par les événements extérieurs et de les distinguer des sensations causées par nos propres actions.

Si ce mécanisme ne fonctionnait pas correctement, nous pourrions attribuer à tort des sensations causées par nos propres actions à des événements se produisant dans le monde extérieur sur lequel nous n'avons aucun contrôle. Cette hypothèse peut être testée de manière empirique. En terme d'expérience, les patients qui font état de leurs mouvements ressentis comme étrangers devraient être plus conscients des sensations causées par leurs propres actions. Ils devraient par exemple être capables de se chatouiller.

En fait, nous avons précisément observé que les patients souffrant de délires de contrôle font état de sensations qui se produisent avec la même intensité quand ils caressent leur propre paume que les sensations causées par quelqu'un d'autre leur caressant la paume. En termes physiologiques, ces patients démontrent une activité anormalement intense du lobe pariétal quand ils produisent des mouvements qui leur semblent étrangers. Leurs réponses physiologiques à ces sensations autogénérées ne sont pas réduites. Des observations semblables peuvent être conduites pour l'appareil auditif. L'activité dans la zone du cerveau qui traite le son -le lobe temporal- est réduite quand nous entendons le son de notre propre voix lorsque nous parlons. Les patients qui souffrent d'hallucinations auditives ne démontrent pas cette réduction d'activité au son de leur propre voix. Aujourd'hui nous n'avons encore que peu de connaissances sur les mécanismes qui nous permettent de prévoir les sensations causées par nos propres actions. La partie du cerveau qui génère ces actions -le cortex- doit envoyer des signaux aux régions du cerveau où les sensations sont traitées mais nous n'avons que peu de connaissances sur la nature de ces signaux ou encore les chemins précis impliqués.

Fake news or real views Learn More

Mais nous pouvons mesurer la force des connexions entre les régions du cerveau et la force de ces connexions semble être moindre chez les patients atteints de schizophrénie. Aussi la clef de la compréhension des symptômes de la schizophrénie au niveau physiologique viendra-t-elle peut-être de l'étude des connexions entre les différentes régions du cerveau.

Il reste beaucoup à faire, aussi bien pour comprendre la schizophrénie que pour développer des traitements plus efficaces. Mais au moins savons-nous que nous possédons maintenant un cadre d'analyse pour comprendre comment ces expériences étranges de l'esprit peuvent être liées à des processus anormaux du cerveau.