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Le droit de mourir

Le 21 décembre, un médecin italien du nom de Mario Riccio a débranché le respirateur qui maintenait en vie Piergiorgio Welby. Celui-ci, atteint de dystrophie musculaire et paralysé, s’était battu en vain devant les tribunaux italiens pour obtenir le droit de mourir. Riccio a administré un sédatif et éteint le respirateur ; Welby a remercié sa femme, ses amis et son médecin. Quarante-cinq minutes plus tard, il était mort.

Le souhait de Piergiorgio Welby, auquel les médias italiens ont donné un large écho, a déclenché des débats animés. On ne sait pas encore si le médecin sera poursuivi en justice, mais un politicien italien a déjà réclamé son arrestation pour homicide.

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Ce décès soulève deux questions, qu’il faut distinguer. D’une part, une personne a-t-elle le droit de refuser un traitement qui la maintient en vie ? D’autre part, peut-on défendre l’euthanasie volontaire d’un point de vue éthique ?

Le consentement donné par le patient en connaissance de cause devrait être une condition préalable à tout traitement, du moment que le patient est un adulte en mesure de prendre une telle décision. Imposer un traitement médical à une personne qui n’en veut pas revient à une agression. On peut penser que le patient fait le mauvais choix, mais on doit respecter ce choix, reconnu dans la plupart des pays mais apparemment pas en Italie.

Même l’Eglise catholique romaine soutient depuis longtemps qu’il n’est pas obligatoire d’employer des moyens thérapeutiques extraordinaires ou disproportionnés pour prolonger la vie. Aux termes de la « Déclaration sur l’euthanasie » de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, approuvée par le Pape Jean Paul II en 1980, le refus d’un traitement pénible n’équivaut pas à un suicide ; il y a là plutôt acceptation de la condition humaine, souci d’épargner la mise en œuvre d’un dispositif médical disproportionné aux résultats que l’on peut attendre, enfin volonté de ne pas imposer des charges trop lourdes à la famille ou à la collectivité .

Cette description convient bien à la décision de Piergiorgio Welby. Riccio a bien agi, car son patient était paralysé et incapable de mettre en œuvre son refus du traitement.

Si le cas Welby est défendable dans les limites fixées par la doctrine catholique romaine, la véritable question est de savoir si ces limites sont bien fixées. Si un malade incurable peut refuser un traitement pénible, sachant que ce refus va entraîner sa mort, pourquoi un malade incurable qui n’est pas maintenu en vie par un traitement médical, mais pour qui la maladie elle-même rend la vie insupportable, n’aurait-il pas le droit de demander une assistance pour être soulagé ?

Pour les partisans de la doctrine catholique, dans le deuxième cas le patient a l’intention de mettre fin à ses jours, ce qui est inacceptable, alors que dans le premier cas il souhaite simplement éviter le traitement. Certes, la mort est une conséquence prévisible, mais ce n’est pas le but premier. Si le patient pouvait éviter le traitement et continuer à vivre, c’est ce qu’il choisirait. De ce point de vue, on n’aurait pas dû aider Welby, car il avait expressément demandé à mourir, et non pas à éviter un traitement pénible.

La distinction est douteuse. Dans les deux cas, le patient prend sciemment une décision qui va entraîner sa mort, au lieu de choisir de prolonger sa vie dans des conditions douloureuses. En se concentrant sur le refus du traitement, et non pas sur les conséquences de ce choix, l’Eglise catholique romaine évite d’impliquer que les patients doivent toujours accepter les traitements de maintien en vie, aussi douloureux ou onéreux soient-ils. Mais son opposition résolue au suicide assisté et à l’euthanasie volontaire semble alors incohérente.

Beaucoup de pays reconnaissent le droit de refuser un traitement médical. Mais seuls les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse et l’Etat de l’Oregon autorisent les médecins à aider un patient à mettre fin à ses jours par d’autres moyens que la suspension des soins.

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Les Pays-Bas en particulier font l’objet de calomnies incessantes. Les détracteurs soutiennent que la légalisation de l’euthanasie volontaire a entraîné une perte de confiance dans la profession médicale, et toutes sortes d’autres conséquences terribles. Pourtant, si c’est vrai, les Néerlandais ne sont pas au courant. Malgré un changement de gouvernement depuis la légalisation, il n’y a eu aucune initiative pour revenir sur cette décision. Ce n’est pas ce que souhaite le public.

Les Néerlandais savent comment l’euthanasie volontaire est pratiquée dans leur pays, ils savent que la légalisation a amélioré, et non pas dégradé, leur système de santé, et ils veulent avoir la possibilité de recevoir une assistance pour mourir, le cas échéant. N’est-ce pas un choix auquel nous devrions tous avoir droit ?