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Les dragons asiatiques du nationalisme

DENVER – Un des nombreux arguments que l'ancien président serbe Slobodan Milošević a utilisé pour répondre à ses interlocuteurs est qu'il n'a jamais incité son peuple au nationalisme. En effet ses déclarations publiques et ses discours durant ces périodes turbulentes ont été soigneusement calibrés pour éviter toute exhortation au nationalisme pur et simple.

Mais ce n'est pas tant les mots qui lui ont servi que la musique. Avec son utilisation astucieuse de mots codés et de langage corporel pour encourager un sentiment de victimisation chez les Serbes, Slobodan Milošević était l'un des nationalistes les plus démagogiques que l'Europe ait connu depuis des générations.

Aujourd'hui, l'Asie du Sud-Est et en particulier la Chine, se noie dans une mer de nationalisme. Les motifs de ce fléau séculaire sont familiers, avec des récits nationaux fondés sur de prétendues preuves de victimisation. Dans le cas de la Chine, le récit tourne autour du « siècle de la honte », quand la Chine était trop faible pour se défendre contre les atteintes à sa souveraineté et autour de l'idée qu'elle ne doit plus jamais y succomber.

Parmi les groupes nationalistes japonais, le récit est celui des frustrations dues à la version de l'Histoire des Alliés pendant la guerre : près de 70 ans plus tard (et après des milliards de dollars de réparations et d'aide étrangère), le Japon veut passer à autre chose. « Nous en avons assez de faire des excuses, » a déclaré le Chef du Parti libéral-démocrate Shinzo Abe.