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L’épreuve nigérienne

LAGOS – Élu il y a tout juste huit mois à la présidence du Nigeria, Goodluck Jonathan navigue d’ores et déjà sur un océan troublé. Le 1er janvier, les célébrations du Nouvel an ont rapidement coupé court lorsque les nigériens se sont réveillés en apprenant que la subvention gouvernementale sur le carburant avait été supprimée. Les populations pauvres du pays ont immédiatement envahi les rues, déjà auparavant agacées de constater que leur gouvernement corrompu et incompétent était incapable de réparer les raffineries d’État, obligeant ainsi le plus grand pays producteur de pétrole d’Afrique à procéder à l’importation de produits pétroliers.

Pour les nigériens moyens, la subvention sur le carburant constituait l’unique avantage engendré par le torrent de pétrodollars en direction des caisses de l’État. Voilà que, tout à coup, les politiciens, les fonctionnaires et leurs acolytes se sont mis à détourner jusqu’à cet avantage.   

Ce qui avait commencé comme un ensemble de manifestations sporadiques s’est rapidement changé en démonstrations de puissance à Abuja (la capitale nationale), Lagos (la capital commerciale), et Kano (la ville la plus peuplée du Nord), menées par des organisations de la société civile, le Joint Action Front et le groupe Save Nigeria. D’autres villes et villages se sont joints aux protestations, et Abdulwaheed Omar, président du Nigeria Labour Congress, a appelé les travailleurs de tout le pays à la grève jusqu’à ce que le gouvernement revoie sa décision de supprimer la subvention. Les protestataires se sont comptés en millions, paralysant ainsi l’économie.

Le gouvernement Jonathan avait compté sur l’espoir qu’une suppression des subventions effectuée au milieu des célébrations du Nouvel an, période à laquelle la plupart des nigériens regagnent leur village natal, minimiserait les risques de résistance coordonnée ; c’est pourquoi la rapidité, la férocité et l’ampleur des démonstrations ont fait la plus grande surprise des autorités. Lorsque les exigences des leaders protestataires se sont étendues aux grasses provisions du budget 2012 en faveur du président et des hauts fonctionnaires, aux ententes douteuses conclues par la Nigerian National Petroleum Corporation, ainsi qu’à la corruption du gouvernement, Jonathan a compris qu’il lui fallait faire marche arrière.