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Pourquoi nous avons besoin de l’islam politique

MADRID – Le président américain Donald Trump a mis en veilleuse le décret censé placer les Frères musulmans parmi les organisations terroristes. Il ferait bien de s’en tenir là. Il est essentiel, pour combattre le djihadisme global, que les gouvernements du monde arabe soient ouverts à la représentation sans exclusive de sociétés musulmanes très majoritairement pratiquantes. 

Certes, les Frères musulmans n’ont pas toujours incarné les valeurs démocratiques. En Égypte, par exemple, le gouvernement du président Morsi a considéré que la démocratie, puisqu’il était majoritaire, lui donnait tout pouvoir – ce qui lui a valu d’être renversé à peine plus d’un an plus tard.

Mais on ne résoudra pas ces insuffisances en ostracisant des options politico-religieuses légitimes, car on ne fait alors que renforcer les arguments des djihadistes, pour lesquels la violence est le seul moyen d’obtenir des réformes. C’est pourtant ce qui s’est passé lorsqu’Abdel Fattah Al-Sissi, le successeur de Morsi après le coup d’État, s’est engagé, avec les Frères musulmans, dans une confrontation à somme nulle.

Lorsqu’on a donné aux partis islamistes suffisamment d’espace pour mener une action politique, ils ont montré qu’ils étaient capables d’en tirer profit, et de défendre notamment la cause de la participation au jeu politique, comme choix préférable à la violence. De fait, des partis islamistes, dont les Frères musulmans, mènent dans plusieurs pays des activités politiques légales, qui les conduisent souvent à modérer leur point de vue.