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Le creuset méditerranéen

BERLIN – Aux yeux de la plupart des Européens, la Méditerranée représente, une fois par an, le centre des convoitises –  le paradis des vacances, où ils passent leurs meilleures semaines. Mais cette vision ensoleillée, qu’ils sont nombreux à partager, a battu en retraite devant les nuages de pessimisme qui envahissent la région.

L’Union européenne elle-même utilise couramment le terme injurieux de PIGS (Portugal, Italie/Irlande, Grèce, Espagne), pour désigner les pays qui ont mis la stabilité de l’euro en péril et obligent les Européens du Nord à des opérations coûteuses de renflouage. Le soleil et la solidarité de naguère ont fait place à la morosité et à l’hostilité. Pire encore, la dette et la crise de confiance de l’Europe correspondent à la crise politique la plus grave que l’Union européenne ait connue depuis sa naissance: il s’agit donc, pour le moins, de l’avenir du projet européen lui-même.

Et aujourd’hui la crise s’étend à la rive sud de la Méditerranée, sous forme de révolution tunisienne et d’affrontements politiques au Liban, qui ont, une fois de plus, failli faire basculer ce pays dans la guerre et la catastrophe. Avec les pays membres méditerranéens de l’UE, simultanément en proie à l’instabilité, on peut s’attendre à de grands bouleversements dans les régions qui jouxtent l’Europe méridionale.

Alors il n’est plus temps de penser la Méditerranée en termes de finances, mais de géopolitique. Ce que l’UE a à affronter en Méditerranée n’est pas essentiellement un problème monétaire; avant tout, c’est un problème stratégique – de ceux qui requièrent des solutions immédiates.