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Les Indiens contre-attaquent

Longtemps paisibles, les Indiens de l'Equateur, comme d'autres groupes natifs dans nombre de régions d'Amérique Latine, découvrent leur voix politique et manifestent leur présence. En novembre, les voix des Indiens ont constitué le facteur décisif de l'élection d'un nouveau venu populiste sur la scène politique, l'ancien colonel Lucio Gutierrez, en tant que président de cette petite nation andine.

La victoire de Gutierrez, qui a participé au coup d'état manqué contre le président Jamil Mahuad en 2000, est un choc terrible porté à la prompte approbation de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), à savoir les efforts déployés par l'administration Bush pour créer un bloc commercial hémisphérique rivalisant avec l'Union européenne. L'élection de l'Equateur démontre la force grandissante des Indiens et autres groupes détachés des gouvernements qui adhèrent trop étroitement aux politiques dictées par Washington.

Gutierrez est le premier président à bénéficier du support de la Confédération des nationalités indigènes de l'Equateur (CONAIE). Les peuples indigènes historiquement marginalisés et appauvris composent entre 25 et 40 % de la population de l'Equateur. La CONAIE, fondée en 1986, se préoccupait aux tous débuts des droits culturels et de la redistribution des terres. Après avoir obtenu un système éducatif bilingue à la fin des années 1980 et garanti des droits immobiliers pour un grand nombre de paysans en 1992, la CONAIE a développé son programme. Aujourd'hui, elle se concentre sur la critique des politiques « néo-libérales » de l'Equateur relatives à la mondialisation.

Au cours des dix dernières années, la CONAIE s'est trouvée à la tête des manifestations contre la mondialisation, l'extraction des ressources naturelles et les politiques agricoles orientées vers l'exportation. Après avoir mené des manifestations massives pour faire tomber le président corrompu, Abdalá Bucarám, en 1997, des dirigeants indigènes de la CONAIE ont contribué à forger une nouvelle constitution garantissant des droits collectifs pour les peuples indigènes, des examens environnementaux participatifs des projets d'extraction de ressources, et des augmentations fixes des dépenses budgétaires en matière de santé et d'éducation.