0

Les conséquences géopolitiques de la crise financière

PRINCETON – Angoissés, investisseurs et décisionnaires sont obsédés par les analogies avec la grande dépression. Mais la leçon de 1931 n’est qu’en partie financière et économique. La crise financière de 1931 n’a été si ample et si destructrice que parce qu’elle s’est jouée sur une scène géopolitique.

Deux surprenantes conclusions émergent des débats actuels, mais l’une d’entre elles seulement a été totalement assimilée. Tout d’abord, une importante action du secteur public est nécessaire. Ensuite, une telle action est compliquée parce dans un monde globalisé, le besoin d’aide dépasse les frontières.

Chicago Pollution

Climate Change in the Trumpocene Age

Bo Lidegaard argues that the US president-elect’s ability to derail global progress toward a green economy is more limited than many believe.

Premièrement, les solutions du secteur privé ont été tentées mais ont échoué dans un laps de temps d’une brièveté surprenante. La consolation la plus fréquemment évoquée dans ce genre de situation est qu’une crise vraiment mauvaise a un effet purgatif. Les entreprises insolvables ferment, les créances douteuses sont annulées et les prêteurs peuvent se remettre à prêter dans un climat de confiance renouvelé.

Hank Paulson, venu au ministère des Finances américain depuis Goldman Sachs, la banque d’investissement la plus solide des États-Unis, a fait le pari de la purge en laissant couler Lehman Brothers. Il soutient que les États-Unis ne sauraient tolérer une culture du renflouement. Un rejet ferme par le gouvernement devrait être considéré comme un signe que la plus grande partie de l’économie américaine est fondamentalement solide, et que les marchés financiers américains sont assez subtils pour identifier de bonnes pratiques commerciales.

Andrew Mellon, le ministre des Finances américain de la grande dépression, était lui aussi un titan de la finance. Sa réaction immédiate face à la panique des marchés boursiers de 1929 est devenue célèbre : “liquidez la main d’œuvre, liquidez les actions, liquidez les fermiers, liquidez l’immobilier… éliminez la pourriture du système.”

Il apparaît déjà clairement que le pari très risqué de 2008 n’a pas été plus payant que celui de 1929. Au contraire, l’échec à pratiquer un sauvetage en a rendu d’autres nécessaires : celui d’AIG, et de HBOS en Grande-Bretagne. Ce n’est sans doute pas terminé. Des listes circulent, annonçant quelles seront les prochaines institutions à tomber – ou à être ramassées. L’analogie la plus appropriée pour ce genre d’ambiance est le Dix petits nègres d’Agatha Christie, dans lequel chaque meurtre augmente le niveau de paranoïa.

Dans un système financier atteint d’une telle démence, seules des institutions aux ressources quasi-infinies sont capables de résister à la tempête. De telles institutions peuvent en théorie être des organisations qui s’aident entre elles, comme des ensembles de banques puissantes. Le ministère des Finances américain a d’ailleurs tenté de monter un tel ensemble le dimanche 14 septembre.

Mais dans un climat de profonde incertitude, l’auto-entraide ne suffit pas. Les gouvernements ou les banques centrales sont nécessaires, car ils sont les seuls à être à la fois assez grands et assez rapides. Ils étaient seuls capables de venir en aide aux organismes de refinancement hypothécaires américains Fannie Mae et Freddie Mac, puis de passer à AIG.

La deuxième question est : quel genre de gouvernement est à la hauteur ? N’importe lequel n’en est pas capable. Les gouvernements européens de taille moyenne peuvent sans doute sauver des institutions européennes de taille moyenne, mais dans le cas de conglomérats financiers vraiment conséquents au coeur du système financier mondial, il est probable que seuls deux gouvernements ont suffisamment de puissance pour agir : les États-Unis et la Chine.

Dans le même genre de circonstances lors de l’effondrement financier de 1931, seul un nombre limité de gouvernements pouvait être efficace. La Grande-Bretagne, ancienne super-puissance économique, était trop épuisée pour aider quiconque. Les réserves mondiales étaient massivement stockées aux États-Unis.

Par conséquent, la seule issue possible à la grande dépression mondiale de 1931 reposait, comme le souligna le grand historien de l’économie Charles Kindleberger, sur des démarches américaines. À l’époque, il existait toutes sortes de raisons très convaincantes pour que les Américains refusent d’assumer le fardeau d’un sauvetage mondial : envoyer davantage d’argent en Europe pouvait être considéré comme jeter de l’argent par les fenêtres. Les Européens n’avaient-ils pas livré une guerre mondiale justement à la source de cette confusion financière ? Économiquement, un tel acte aurait été raisonnable à long terme, mais politiquement, il était voué à l’échec sans perspective de gain à court terme.

La Chine est l’Amérique de ce siècle-ci. Les premières étapes de la crise du crédit de 2007 ont été gérées apparemment sans douleur parce des fonds souverains du Moyen-orient, mais surtout de Chine, étaient volontaires pour entrer dans le jeu et recapitaliser la dette des institutions américaines et européennes. Le moment clé des événements actuels est survenu quand le fonds d’investissement souverain chinois China Investment Corp (CIC) a refusé d’aller plus loin dans son exploration de la possibilité de racheter Lehman Brothers. Son recul marquera à l’avenir le moment où l’histoire aurait pu prendre une autre tournure.

Fake news or real views Learn More

Les raisons des Chinois de se retirer ne manquent pas. La logique invoque les arguments américains de 1931. Certains des points de vue que l’on entend à Beijing sont très raisonnables : les incertitudes sont grandes, et les fonds souverains pourraient perdre beaucoup d’argent. La China Investment Corp aurait commencé par perdre de l’argent avec Lehman. Certaines opinions sont plus émotionnelles : 2008 n’est-il pas la revanche du gâchis américain de la crise est-asiatique de 1997-1998 ?

Nous sommes sur le point de voir quels sont les véritables enjeux que la Chine place dans la survie de l’économie mondialisée. Comme en 1931, les arguments politiques vont tous à l’encontre d’une telle opération. Seuls ceux qui ont une vision à long terme verront que l’argument économique en faveur du sauvetage est incontestable.