10

Contrebalancer les technocrates

ISTANBUL – Selon une vision simpliste (naïve, en fait), les marchés existent quasiment dans un « état naturel », et le meilleur de tous les mondes est celui où ils seraient libres de fonctionner sans ingérence des gouvernements. Un point de vue tout aussi simpliste concernant la démocratie considère qu’il s’agit d’un système politique dans lequel les élections compétitives périodiques donnent au vainqueur le droit de gouverner sans contrainte.

La réalité est bien évidemment beaucoup plus complexe. Les marchés ne peuvent fonctionner que dans un cadre institutionnel et juridique qui comprend les droits de propriété, l'exécution des contrats, des contrôles sur la qualité et l’information, ainsi que de nombreuses autres règles qui régissent les transactions.

De même, alors que des élections compétitives sont essentielles à tout système démocratique, une attitude de « gagnant absolu » face aux résultats électoraux, prévoyant la concentration du pouvoir dans les mains du vainqueur, est incompatible avec la démocratie à long terme. Les démocraties qui fonctionnent bien sont intégrées dans un ensemble complexe de lois constitutionnelles et autres qui séparent les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, et qui protègent la liberté d'expression, de réunion et de dissidence pacifique de ceux qui perdent les élections.

Les institutions de réglementation – comme les organismes chargés de surveiller les banques ou de superviser les secteurs des télécommunications, de l’alimentation et des industries énergétiques – jouent un rôle essentiel en maintenant l'équilibre toujours fragile entre les marchés « libres » et les actions des gouvernements et législatures élus. La banque centrale est peut-être la plus importante de ces institutions, parce qu’elle décide de la politique monétaire (et sert parfois de régulateur du secteur financier).