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La chute de l’hyper-puissance

Ecoutez attentivement ce que disent les Israéliens et les Sud-coréens en ce moment et vous verrez qu’ils font allusion à rien de moins qu’à un changement tectonique du système international : c’est-à-dire au glissement d’un monde unipolaire vers un monde multipolaire.

Les Israéliens redécouvrent l’Europe. Ils sentent intuitivement qu’ils ne peuvent plus compter sur la garantie de sécurité absolue du soutien à la fois actif et passif des États-Unis. La guerre au Liban, si frustrante pour Israël, a accéléré cette subtile évolution. Désormais, l’Europe et ses divers contingents sont au premier rang pour ramasser les morceaux.

Bien entendu, l’Amérique reste l’assurance vie d’Israël. L’élargissement et la diversification des alliances diplomatiques commencent toutefois à revêtir une importance capitale aux yeux des diplomates israéliens, si ce n’est de la société israélienne. Si le Quartet (États-unis, Russie, Union européenne et Nations Unies) faisait auparavant figure d’alliance à « un plus trois », ce n’est plus le cas. L’Europe et la Russie ne se considèrent plus comme des acteurs secondaires, car les Etats-Unis – sans parler d’Israël – ont besoin d’eux.

Quant aux Sud-coréens, ils comptent sur la Chine pour régler la crise nucléaire en Corée du Nord. Ils voient eux aussi le monde à travers un prisme où les Etats-Unis sont essentiels, mais plus dominants. Un haut fonctionnaire Sud-coréen a récemment établi une liste des pays les plus concernés par la crise nucléaire nord-coréenne : la Chine arrive en premier, suivie par les Etats-Unis, la Russie, le Japon et la Corée du Sud, tandis que l’Europe n’y figure pas.