L'influence Française recule-t-elle en Europe ?

Au cours des dernières années, plusieurs évènements ont conduit à s'interroger sur le recul de l'influence française en Europe. La guerre en Irak a divisé les Européens, entre les partisans de l'interventionnisme américain, conduits par Tony Blair, et ses opposants, au premier rang desquels figure Jacques Chirac. Plus récemment, le représentant de la France au sein de la nouvelle Commission européenne présidée par José Manuel Barroso, l'ancien ministre Jacques Barrot, s'est vu confier une fonction technique, sinon secondaire, celle des transports, alors que le Président français avait réclamé les portefeuilles décisifs de la concurrence ou du marché intérieur. L'octroi à Jacques Barrot du titre symbolique de Vice-Président n'est, dans ce contexte, qu'un lot de consolation, qui ne saurait tromper : la France ne pèsera guère dans cette Commission, la première de l'Europe à 25.

Pour évaluer la réalité de l'influence française, il faut toutefois pousser plus loin l'analyse. Le Président Chirac porte en effet une importante responsabilité dans cette évolution,en partie conjoncturelle. Ses options de politique étrangère ont été fort peu européennes. Il a fait, durant la guerre en Irak, un choix juste : l'intervention américaine n'était ni fondée, ni justifiée, elle débouche sur un terrible échec. Jacques Chirac s'est donc trouvé en phase avec une opinion politique européenne -et même mondiale- émergente, face à l'unilatéralisme des néo-conservateurs et de l'administration Bush. Mais il n'a pas su transformer cette posture en alternative. Il n'a jamais cherché, comme son statut et son ancienneté pouvait le lui permettre, à rassembler les Européens, ni avant, ni pendant, ni après la crise. Il n'a jamais tenté de former une autre coalition, de trouver un autre chemin, une autre voie que l'option américaine. Face à l'unilatéralisme, il n'est jamais parvenu à promouvoir des solutions multilatérales. Alors qu'il avait eu raison initialement, il s'est progressivement isolé, d'autant qu'il n'est jamais arrivé à retisser un lien satisfaisant avec l'administration américaine. La France est ainsi apparue progressivement comme une nation solitaire, presque arrogante, convaincue de la justesse de ses vues et de l'universalité de son modèle, mais peu soucieuse d'entraîner, de convaincre, de construire, une nation n'acceptant l'Europe qu'à sa remorque.

Dans la composition de la Commission, Jacques Chirac a commis une lourde faute tactique. La France était très puissamment représentée dans la Commission Prodi, puisqu'elle y détenait le portefeuille du commerce extérieur, sous la responsabilité de Pascal Lamy. Celui-ci est un commissaire unanimement reconnu pour sa compétence, pour la solidité de ses idées, pour sa personnalité, une des plus fortes assurément de la Commission sortante. La logique politique, la volonté de peser dans l'Union européenne, auraient commandé à Jacques Chirac de le confirmer. Mais Pascal Lamy souffrait à ses yeux de deux défauts, presque deux tares : il est socialiste et partisan d'une réforme profonde de la politique agricole commune, que l'ancien ministre de l'agriculture de Georges Pompidou dans les années 70, devenu Président, souhaite conserver à tout prix. Il a donc choisi de le remplacer par un homme politique honorable, expérimenté, mais presque totalement dénué d'expérience européenne, ne possédant pas vraiment d'autre langue que le français. Il était dès lors fatal que Jacques Barrot ne puisse jouer dans la nouvelle Commission qu'un rôle mineur, alors que José Manuel Barroso lui donne une orientation clairement libérale et atlantiste, fort peu en phase avec les options françaises.

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