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Augmentation des risques liés à l’eau

WASHINGTON – L’eau se retrouve souvent en première page des journaux ces derniers temps. Cet été, le nord de l’Inde a connu une de ses pires moussons depuis 80 ans, faisant 800 morts et 100 000 évacués. Dans le même temps, l’Europe centrale a été confrontée aux pires inondations depuis des décennies après que de lourdes pluies aient fait déborder les principaux cours d’eau comme l’Elbe et le Danube. Aux Etats-Unis, près de la moitié du pays subit la sécheresse, tandis que des pluies record se sont abattues sur le nord-est, des pluies qui ont aussi dévasté les récoltes dans le sud, et inondent maintenant le Colorado.

Les entreprises commencent à s’intéresser aux risques croissants que l’eau – soit par sa surabondance, soit par sa rareté – peut poser à leur exploitation et à leur rentabilité. Lors du dernier forum économique mondial de Davos, les experts ont classé les risques liés à l’eau comme l’un des quatre principaux risques pour les entreprises au XXIème siècle. De même, 53% des entreprises évaluées par le Carbon Disclosure Project ont déclaré que les risques liés à l’eau comptent déjà leurs victimes si l’on en juge par les dégâts matériels, la hausse de prix, la mauvaise qualité de l’eau, les interruptions de l’activité économique et des chaines d’approvisionnement.

 1972 Hoover Dam

Trump and the End of the West?

As the US president-elect fills his administration, the direction of American policy is coming into focus. Project Syndicate contributors interpret what’s on the horizon.

Et les coûts ne cessent d’augmenter. La Deutsche Bank Securities estime que la récente sécheresse aux Etats-Unis, qui a frappé près des deux-tiers des 48 états contigus du pays, entrainera une baisse de la croissance de leur PIB d’un point. Le changement climatique, la croissance démographique, entre autres facteurs, accentuent ces risques. Vingt pour cent du PIB global est d’ores et déjà produit dans des zones pauvres en eau. Selon l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), en l’absence d’une gestion plus durable de l’eau, ce chiffre pourrait atteindre 45% en 2050, menaçant ainsi une part substantielle de la production économique globale.

Les entreprises savent que pour déterminer des stratégies de gestion de risque saines, il faut des données solides. Lorsqu’il est question de risques financiers, les analystes ont accès à de vastes quantités d’informations. Mais cela n’est pas le cas pour l’eau – enfin jusqu’à présent.

L’Institut des Ressources Mondiales s’est associé à des sociétés comme Goldman Sachs, General Electric, et Shell pour développer une plateforme en ligne appelée Aqueduct, afin de permettre de mesurer et de cartographier les risques liés à l’eau. Aqueduct utilise les données et les techniques de modélisation les plus récentes pour offrir une cartographie riche et détaillée des risques liés à l’eau dans le monde. Grâce à ces données, les sociétés sont en mesure de faire de meilleurs choix, mieux éclairés.

Le CERES, une organisation à but non lucratif, a par exemple croisé les cartes indiquant les zones frappées par la rareté de l’eau avec des données sur la fracturation hydraulique (FracFocus.org) pour découvrir que près de la moitié des puits d’extraction de gaz et de gisements d’huile de schiste aux Etats-Unis sont localisés dans des zones déjà frappées par des problèmes liés à l’eau. En tout début d’année prochaine, Aqueduct communiquera ses perspectives sur les problèmes liés à l’eau fondées sur les dernières analyses scientifiques, y compris leurs prévisions sur les effets du changement climatique.

De grandes entreprises travaillent déjà sur ces données des risques liés à l’eau. McDonald’s, par exemple, a demandé à plus de 350 de ses principaux sites d’approvisionnement de produire un rapport sur leur exposition aux problèmes liés à l’eau en utilisant les données de l’outil Aqueduct. Incorporer ces risques dans le diagnostic environnemental de McDonald est une étape importante pour faire prendre conscience aux fournisseurs de la nécessité d’une gestion plus rationnelle de l’eau, mais aussi pour répercuter cette prise de conscience à tous les niveaux, y compris dans la coopération avec les intervenants locaux dans chaque bassin.

La société internationale de mode H&M vise à réduire les risques liés à la qualité de l’eau dans ses chaines d’approvisionnement. Par l’intermédiaire de son Cleaner Production Program (Programme pour une production plus propre), l’entreprise travaille avec des ONG au Bangladesh et en Chine pour mettre en place des procédures d’économie de coûts qui réduisent l’impact local de leurs usines textiles sur la qualité de l’eau.

De même, la société de boissons SABMiller prévoit une réduction de 25% de l’eau utilisée pour la production de bière entre 2008 et 2015, et améliore déjà sa gestion de l’eau dans l’ensemble de ses opérations globales. Grâce à son Water Futures Partnership, l’entreprise a identifié les usines localisées dans des zones confrontées à des risques liés à la sécurité de l’eau et développé des partenariats dans ces différents bassins pour répondre à ses risques.

Le message est clair : la gestion des risques liés à l’eau est de mieux en mieux prise en compte dans les pratiques courantes des entreprises. Plus de 90 dirigeants d’entreprises, signataires du mandat sur l’eau du Pacte Mondial de l’ONU (CEO Water Mandate)se sont engagés à concevoir et à mettre en œuvre, puis à rendre compte des mesures et des pratiques de gestion durable de l’eau tant dans le cadre de leurs opérations que dans celui de leurs fournisseurs, et de s’impliquer au-delà de leurs propres opérations avec les parties prenantes pour trouver des solutions à ces risques. Les entreprises de premier plan montrent qu’une gestion durable de l’eau bénéficie à l’ensemble des acteurs impliqués.

De nombreux dirigeants d’entreprise ont traditionnellement sous-estimé les risques induits par le changement climatique et la dégradation des ressources, mais comprendre les risques liés à l’eau – et agir pour les minimiser – est une des démarches que les entreprises commencent à adopter pour incorporer la gestion des ressources naturelles au cœur de leur stratégie et de leurs opérations. Les dirigeants d’entreprises judicieux investissent dans de nouveaux outils capables de fournir des données complètes et à jour, et les entreprises, après avoir progressivement admis l’importance de ces risques naturels, développent maintenant des réponses stratégiques à ces problèmes.

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Plus les entreprises agiront ainsi, plus les trainards se verront confrontés à un désavantage concurrentiel croissant. Ils doivent eux aussi agir, avant que ne s’abatte la prochaine inondation ou la prochaine sécheresse.

Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats