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Les guerres civiles de Moubarak

Le gouvernement du président égyptien Hosni Moubarak a traîné en justice deux juges haut placés qui ont évoqué d'éventuelles fraudes lors des élections législatives de l'automne dernier. Cette décision a secoué le pays et elle a provoqué d'importantes manifestations de soutien aux juges, ce qui a pris le gouvernement totalement au dépourvu.

Ce dernier semble maintenant vouloir faire machine arrière à toute vitesse. L'un des juges, Mahmoud Mekki, a été acquitté et l'autre, Hisham al-Bastawisy, qui avait été victime d'une attaque cardiaque la nuit précédant son audition devant une commission disciplinaire à seulement fait l'objet d'un blâme. L'agitation se poursuit néanmoins au Caire et les juges ayant appelé à de nouvelles manifestations, le gouvernement craint que le mouvement pro-démocratique ne s'étende.

Les juges égyptiens ont un long passé de réserve et de bienséance. Mais ils se sentent manipulés par un gouvernement qui, élection après élection, masque ses tripatouillages en disant que le scrutin est contrôlé par les juges. Parce que près de 9000 juges se sont mobilisés en solidarité avec leurs collègues, leur lutte a un retentissement important dans l'opinion publique égyptienne habituellement placide. L'organe représentatif des juges, le Club des juges, souhaite depuis longtemps une nouvelle loi pour restaurer l'indépendance de la Justice. Maintenant, même à titre individuel les juges insistent sur leur indépendance.

Le régime de Moubarak qui est aux abois utilise une justice d'exception (Cours de sûreté de l'Etat et tribunaux militaires) qui ne respecte pas les normes internationales. Contrairement aux promesses faites au cours de la campagne pour briguer un cinquième mandat présidentiel, Moubarak a demandé et obtenu de son Parlement croupion une prolongation de deux ans de l'état d'urgence en vigueur depuis son accession au pouvoir.