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La faillite du “ cycle du développement ”

Il n’y aura pas de cycle du développement, pas cette fois-ci. Ce cycle de négociations commerciales multilatérales devait offrir des perspectives de croissance aux pays du Sud et les aider réduire la pauvreté. C’est apparemment sans espoir. Mais si des larmes de crocodile sont versées un peu partout, il faut relativiser l’ampleur de la déception. Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, s’était efforcé de modérer les attentes, au point qu’il était évident que le résultat, quel qu’il soit, n’apporterait au mieux que des avantages restreints pour les pays pauvres.

Cet échec n’est pas vraiment une surprise : les Etats-Unis et l’Union européenne ont depuis longtemps manqué à leurs promesses faites en 2001 à Doha, visant à rectifier les déséquilibres du précédent cycle de négociations commerciales, un cycle si injuste que les pays les plus pauvres du monde en étaient ressortis encore plus désavantagés. Une fois de plus, le manque d’engagement des Etats-Unis en faveur du multilatéralisme, leur obstination, et leur propension à faire passer l’opportunisme politique avant les principes – et même avant leurs intérêts nationaux – ont triomphé. Avec une échéance électorale en novembre, le Président George W. Bush ne pouvait pas “ sacrifier ” 25 000 riches producteurs de coton ou 10 000 prospères producteurs de riz, et leurs contributions à la campagne électorale. Il est rare que tant de personnes doivent renoncer à tant de choses pour protéger les intérêts d’une si petite minorité.

Les pourparlers se sont enlisés au sujet de l’agriculture, où les subventions et les barrières commerciales demeurent nettement plus importantes que dans l’industrie. Les grands perdants sont les pays en développement, avec environ 70 % de la population dépendant directement ou indirectement de l’agriculture. Mais le problème agricole a détourné l’attention d’un programme bien plus large qui aurait pu être mis en œuvre au bénéfice du Nord et du Sud.

Prenons le système des “ droits de douane progressifs ”, qui consiste à taxer les produits transformés à un taux beaucoup plus élevé que les matières premières : il dissuade les pays en développement de se lancer dans des activités à plus forte valeur ajoutée, susceptibles de créer des emplois et d’augmenter les revenus.