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La dette : un Piège mortel

NEW YORK – Les PIIGS (le Portugal, l’Italie, l’Irlande, la Grèce et l’Espagne, soit les états cochons selon l’appellation anglo-saxonne) ne sont pas les seuls à souffrir de viabilité problématique de leur dette publique. La saga financière grecque n’est que le sommet de l’iceberg pour de nombreuses économies avancées. En effet, les prévisions actuelles de l’OCDE prévoient une augmentation moyenne de 100 % du PIB du ratio dette-PIB dans les économies avancées. Et les dernières estimations du Fonds monétaire international sont similaires.

Chez les PIIGS, la liste des problèmes ne se limite pas à un déficit budgétaire et un ratio de dette excessifs (chacun des cinq pays les éprouvant à un degré différent). Ils sont aussi confrontés à des soucis de déficit externe, de perte de compétitivité et par conséquent de croissance anémique.

Il y a dix ans déjà, ces économies perdaient des parts de marché au profit de la Chine et de l’Asie, dont les exportations bénéficiaient d’une faible valeur-ajoutée et d’une main-d’œuvre en masse. Après une décennie pendant laquelle les salaires ont augmenté plus vite que la productivité, le coût unitaire de la main-d’œuvre (et le taux de change réel basé sur ce coût) s’est apprécié. L’énorme déficit croissant des comptes-courants et la croissance au ralenti sont le reflet de la perte de compétitivité qui a suivi. Puis, l’appréciation de l’euro entre 2002 et 2008 a été le coup de grâce.

Donc, même si les responsables politiques grecs et des autres PIIGS sont déterminés à réduire considérablement leur déficit colossal – et c’est un grand si, étant donné la réticence des responsables politiques à réduire le budget et à augmenter les taxes –, il se peut que la contraction fiscale, tout du moins dans un avenir proche, fasse empirer la récession actuelle puisque des taxes plus fortes et des dépenses plus basses entraînent une baisse de la demande globale. Si le PIB chute, il devient impossible d’atteindre un certain objectif en matière de déficit et de dette (en parts du PIB). C’est effectivement dans ce piège mortel qu’est tombée l’Argentine entre 1998 et 2001.