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La maison commune européenne de la Grande-Bretagne

BRUXELLES – Le discours, très attendu, que doit prononcer le Premier ministre britannique David Cameron vendredi aux Pays-Bas constituera peut-être un point tournant de la position de la Grande-Bretagne au sein de l’Union européenne. Toute tentative de rapatrier à Londres des pouvoirs délégués à Bruxelles impliquera probablement des négociations longues et difficiles. Comme d’autres expériences l’ont démontré, les discussions internes sur les compétences constitutionnelles – essentiellement des discussions politiques nombrilistes – peuvent détourner l’attention des questions autrement plus pressantes que sont la croissance économique et les emplois.

Chercher à réviser des pans essentiels de l’acquis communautaire (l'ensemble du corpus juridique de l’UE) et ne garder que les parties approuvées par le Royaume-Uni pourrait établir un dangereux précédent. Cette démarche pourrait déboucher sur une législation fragmentaire, la désagrégation et potentiellement la disparition de l’Union européenne. Aussi séduisant que puisse sembler le rapatriement de compétences au premier abord, il implique des procédures longues et complexes – sans qu’une issue favorable soit garantie.

En fin de compte, rapatrier des pouvoirs ou sortir de l’UE sont des décisions qu’il reviendra au gouvernement et aux citoyens britanniques de prendre. Mais je pense fermement que l’adhésion pleine et entière du Royaume-Uni à l’Union est tout autant dans l’intérêt des Britanniques que de l’Europe. L’économie britannique profite énormément du marché unique et l’UE, vers laquelle vont 50 pour cent des exportations britanniques, reste de loin le principal partenaire commercial de la Grande-Bretagne.

Face à une mondialisation croissante, il n’est pas dans l’intérêt du Royaume-Uni de devenir un membre de seconde zone de l’UE, ce qui ne ferait qu’affaiblir son influence en Europe et au-delà. Les pays amis de la Grande-Bretagne en sont parfaitement conscients. Dernièrement, les Etats-Unis ont à juste titre mis en garde contre le fait qu’un référendum britannique pourrait avoir pour conséquence un repli du pays sur lui-même, et le Premier ministre irlandais Enda Kenny a dit qu’une sortie du Royaume-Uni de l’UE serait une « catastrophe ».