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Un impôt sur les robots ?

NEW HAVEN – L'idée de taxer les robots vient d'un projet de rapport de l'eurodéputée Mady Delvaux, vice-présidente de la Commission des affaires juridiques du Parlement européen. Soulignant que les robots pourraient accroître les inégalités, elle écrit qu'il y a lieu "d'envisager la nécessité de définir des exigences de notification de la part des entreprises sur l'étendue et la part de la contribution de la robotique et de l'intelligence artificielle à leurs résultats financiers, à des fins de fiscalité et de calcul des cotisations de sécurité sociale".

Les réactions à sa proposition ont été surtout négatives, à l'exception notable de celle de Bill Gates qui la soutient. Pour autant, ne nous dépêchons pas de rejeter cette idée. Seulement l'année dernière nous avons assisté à la prolifération d'appareils comme les assistants vocaux Google Home ou Amazon Echo Dot (Alexa) qui remplissent de multiples fonctions et peuvent gérer l'électronique domestique, se substituant ainsi à une intervention humaine. De la même manière, à Singapour les services de taxi sans chauffeur Delphi et nuTonomy commencent à remplacer les chauffeurs de taxi. Et la société de livraison de repas à domicile Doordash teste des robots autonomes à six roues de Starship Technologies qui pourraient remplacer les coursiers.

Si ces innovations qui suppriment des emplois et en créent de nouveaux réussissent, l'idée d'un impôt sur les robots pourrait devenir populaire en raison des problèmes humains qui apparaissent quand des travailleurs se retrouvent sans emploi. Ils s'identifiaient souvent à leur emploi - un emploi auquel ils s'étaient parfois préparés durant des années. Si l'on est optimiste, on souligne que les travailleurs remplacées par des machines ont toujours trouvé un nouvel emploi ; mais comme la révolution de la robotique s'accélère, on peut se demander si cela va continuer. Un impôt sur les robots, espèrent ses partisans, pourrait ralentir au moins momentanément le processus et apporter le financement nécessaire à l'adaptation à la nouvelle situation, par exemple la reconversion professionnelle des travailleurs qui perdent leur emploi.

Cette adaptation pourrait être aussi essentielle à nos vies que l'est notre travail pour mener une vie épanouissante. Dans son livre Rewarding Work [Le travail gratifiant], Edmund S. Phelps insiste sur toute l'importance d'avoir une "place dans la société - un métier". Quand beaucoup de gens ne peuvent plus trouver un emploi pour nourrir leur famille, les conséquences sont graves et comme l'écrit Phelps, "c'est le fonctionnement de toute la société qui peut en pâtir. Autrement dit, il y a des facteurs externes à la robotisation qui peuvent justifier l'intervention de l'Etat.