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La stratégie plutôt que la tactique

MADRID – Nous avons vécu dans l’illusion. Pendant des années, le monde a cru que la transition d’un ordre unipolaire vers un ordre multipolaire s’opérerait dans la paix, dans le respect des règles, et dans la stabilité, pensant que les nouveaux acteurs comme la Chine, le Brésil ou encore la Turquie, s’adapteraient au cadre multilatéral existant, de façon naturelle et harmonieuse. Nous avions tort.

En réalité, à mesure que s’opérait cette transition vers la multipolarité, l’ordre international s’est fait de plus en plus instable et conflictuel. La crise financière mondiale de 2008 a exacerbé l’incertitude et la méfiance, perturbant plusieurs tendances majeures telles que la mondialisation. Mais le premier problème a résidé dans l’échec des pays développés – architectes de l’ordre mondial d’après-guerre – dans la formulation d’une stratégie inclusive qui aurait permis d’appréhender les défis globaux, et de gérer la transition vers un nouvel ordre international.

La raison de cet échec est fort simple : l’Occident a laissé les préoccupations tactiques à court terme entraver le développement d’une vision stratégique à long terme. Cette obsession autour des tactiques affecte la gouvernance à tous les niveaux, des administrations locales aux plus grandes institutions supranationales, laissant les principaux acteurs opérer selon des réalités non coordonnées, sans véritable objectif commun susceptible de guider leur prise de décisions.

Il existe bien entendu plusieurs exceptions notables à ce constat, qui sont le fruit d’efforts concertés en faveur de la consolidation d’une vision stratégique constructive. Les politiques occidentales ont par exemple permis le franchissement d’avancés en direction d’une résolution de la question du programme nucléaire iranien.