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Des zones de développement pour les réfugiés syriens

PRINCETON – La crise des réfugiés syriens place l’Union européenne dans un terrible dilemme. L’histoire incombe à l’Europe de venir en aide aux victimes de la guerre et de la violence et de les accueillir ; les politiciens responsables reconnaissent qu’il est inhumain d’en refuser l’entrée à des gens qui fuient pour sauver leur vie. Pour des raisons morales et pratiques, l’UE ne peut construire autour d’elle un moderne rideau de fer. Mais il est non moins évident que des obstacles tant administratifs que politiques – dont le moindre n’est pas la réaction populiste de rejet à l’encontre des nouveaux arrivants – limitent la capacité de l’UE à absorber en un temps court un grand nombre de migrants.

Pour faire face à cet afflux, il faudra s’attaquer aux causes qui poussent des millions de gens à fuir leur pays. Si celles-ci relèvent de tensions politiques – en particulier des guerres civiles qui dévastent la Syrie et l’Irak –, les flux de réfugiés traduisent aussi l’incapacité du Moyen Orient à générer la croissance des revenus qui a sorti de la pauvreté l’Asie, l’Amérique latine et une bonne partie de l’Afrique sub-saharienne.

Il devient de plus en plus évident que l’UE devrait faire figurer en tête de ses priorités la nécessité de fournir des perspectives économiques aux réfugiés. L’Europe devrait prendre exemple sur les efforts des milieux d’affaires syriens pour relocaliser les entreprises de leur pays dans la zone économique franche de Gaziantep, en Turquie. L’UE devrait travailler, où c’est possible, avec les pays qui accueillent actuellement les réfugiés pour créer des zones de développement où les déplacés syriens pourraient accéder à un emploi légal.

Le peu de perspectives offertes par les voisins de la Syrie exacerbe ce problème économique essentiel. Les jeunes sont contraints d’abandonner leurs études et les réfugiés sont totalement ou partiellement exclus du marché légal du travail, par crainte qu’ils ne concurrencent les populations locales. Ainsi sont-ils confrontés à un lugubre choix : la vie dans les camps en tentant de subsister grâce au secteur informel ou l’espoir d’un avenir en Europe. Beaucoup choisissent l’espoir.