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Plus de temps à perdre en Syrie

MADRID – L’arrivée de plusieurs centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, en quête d’un refuge à l’écart des conflits, place l’Union européenne en face de deux réalités difficiles. Premièrement, ses États membres ne respectent pas tous leurs obligations, que ce soir les uns vis-à-vis des autres ou au regard du droit international. Deuxièmement, sa position à l’égard de la guerre civile syrienne se révèle intenable. Soyons clairs : l’échec des démarches en faveur de la paix en Syrie s’avère tout aussi grave que l’erreur consistant à tourner le dos à ceux qui fuient les persécutions.

Les défaillances de la législation européenne en matière de droit d’asile, de même que les différences caractérisant les pratiques de ses États membres, apparaissent visibles depuis déjà un certain temps. Seulement voilà, face à une situation dans laquelle 350 000 réfugiés ont traversé les frontières européennes et plus de 2 600 ont péri noyés afin d’y parvenir, au cours seulement des huit premiers mois de cette année, nous sommes désormais contraints d’ouvrir les yeux. Les conditions inhumaines que subissent ces réfugiés sont absolument inacceptables.

Outre la fameuse division « Nord-Sud » née de la crise économique, la sortie potentielle du Royaume-Uni hors de l’UE, et la gravité de la situation en Grèce, voici désormais qu’une nouvelle brèche vient s’ouvrir en Europe entre sa partie Est et sa partie Ouest. Or, l’UE ne peut plus se permettre aucune fissure. C’est la raison pour laquelle tous les moyens possibles doivent être employés afin de conduire ses États membres à se conformer à leurs obligations juridiques internationales et européennes.

Cette même urgence doit s’appliquer aux efforts de paix en Syrie ; n’oublions pas que les migrations actuelles sont le produit d’une longue guerre civile au sein du pays, conflit aussi violent que multiple dans ses divisions. La gravité de la situation syrienne ne saurait être surestimée. Depuis le début du conflit en 2011, les violences ont déplacé plus de quatre millions de réfugiés, et près de huit millions sur le plan interne. Plus de 200 000 personnes y ont perdu la vie. À titre de perspective, plus de la moitié des 22 millions de personnes qui vivaient en Syrie en 2011 ont été soit tuées, soit déplacées.