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Le réveil brutal de la Corée du Sud

DENVER – Le 10 février, la présidente de la Corée du Sud, Park Geun-hye, a annoncé qu’à la suite du dernier essai nucléaire et du récent tir de fusée nord-coréens, toutes les opérations de la zone industrielle de Kaesong, ultime tentative de coopération intercoréenne, seraient suspendues. En réaction, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a saisi tous les avoirs sud-coréens de la région, en ne donnant que quelques heures aux 248 cadres qui y vivaient pour rassembler leurs effets personnels et quitter la ville.

Peu après, un député de l’Assemblée nationale de la Corée du Sud m’a expliqué la décision de Park. « Nous avons un nouveau paradigme aujourd’hui » m’a-t-il dit. « Plus personne ne croit que le Nord renoncera un jour à son armement nucléaire ».

Il faudra un peu de temps pour que la signification de ce nouveau paradigme soit pleinement évaluée. Dans l’intervalle, la Corée du Sud entre en terrain inconnu et aura besoin du soutien sans réserve de la communauté internationale.

Pendant des années, les Sud-Coréens ont espéré qu’il serait possible de faire comprendre à la Corée du Nord qu’un accord sur la dénucléarisation servirait ses intérêts. Après tout, en échange de l’abandon de son programme d’armement nucléaire, le Nord obtiendrait une assistance économique et énergétique, un traité de paix avec les États-Unis, une reconnaissance diplomatique, la possibilité de rejoindre la communauté internationale, et même – un jour – l’assentiment de cette communauté à un programme nucléaire civil. En toute logique, la Corée du Nord se voyait proposer un accord avantageux qu’elle ne pouvait que, tôt ou tard, accepter.