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Le vent mauvais du protectionnisme

WASHINGTON, DC – Les prévisions de croissance du commerce mondial pour 2015 et 2016 sont à nouveau revues à la baisse. Ainsi l'Organisation mondiale du commerce (OMC) prévoit maintenant que la croissance du commerce mondial va connaître cette année son taux plancher depuis la crise financière de 2009. Que se passe-t-il ?

Ce ralentissement n'est pas seulement dû à une reprise difficile de l'économie mondiale. En général le taux de croissance du commerce dépasse celui du PIB ; avant la crise il était en moyenne deux fois plus élevé. Mais depuis 2012 cette proportion est en chute rapide, jusqu'à s'inverser cette année - le taux de croissance du PIB dépassant celui du commerce pour la première fois depuis 15 ans.

Cette inversion est due en partie à des facteurs structuraux, notamment un plateau dans l'expansion de la chaîne de valeur mondiale et un tournant dans le processus de transformation structurelle en Chine et dans d'autres pays en croissance rapide. La part de plus en plus grande des services dans le PIB de ces pays va probablement se traduire par une baisse supplémentaire du commerce international, car les services suscitent peu d'échanges matériels.

Ce ne sont pas seulement des facteurs à long terme qui freinent le commerce mondial. Il en est d'autres liés à la crise, temporaires et potentiellement réversibles, par exemple les problèmes économiques auxquels se heurtent nombre de pays de la zone euro depuis 2008. Ils représentaient une part importante du commerce mondial, mais depuis la crise, la consommation comme les créations d'emplois sont à la baisse. Dans les pays avancés, la faible reprise des investissements en matière d'outils de production freine aussi les échanges, parce que l'acquisition du matériel productif nécessite plus d'échanges transfrontaliers que celui des biens de consommation.