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La victoire à la Pyrrhus d’Erdoğan

ISTANBUL – Malgré la position difficile dans laquelle ils se trouvent, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan et son Parti de la justice et du développement (AKP) sont sortis vainqueurs des élections municipales de la fin mars. Le triomphe électoral de l’AKP ne devrait pourtant pas résoudre les conflits internes en Turquie, et encore moins rétablir son prestige au plan international.

Le scrutin municipal a rapidement pris des allures de référendum pour Erdoğan. L’AKP a remporté 44 pour cent des suffrages et contrôle à présent 49 des 81 municipalités de la Turquie, dont Istanbul et la capitale, Ankara. La principale formation de l’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP) du centre-gauche, a remporté 26 pour cent des voix et 13 municipalités.

Ce résultat pourrait être perçu comme la validation de la stratégie d’Erdoğan, qui a recours à la polarisation politique pour consolider sa base et s’opposer à la menace que font peser sur son contrôle du pouvoir les partisans de son ancien allié, le prédicateur islamiste Fethullah Gülen, qui vit aujourd’hui aux Etats-Unis. La confrérie Gülen, avec l’appui initial de l’AKP, a progressivement infiltré les institutions turques, en particulier l’appareil judiciaire et les forces de police, jusqu’au moment où leur alliance a volé en éclats à cause des différends liés au partage du pouvoir en Turquie.

Le résultat final fut une sale guerre d’accusations de corruption répandues par les médias sociaux, semble-t-il principalement par les partisans de Gülen. En réaction, le gouvernement a qualifié ses opposants d’ennemis et cherché à faire adopter de nouvelles lois qui restreignent l’indépendance du pouvoir judiciaire et la liberté d’expression – allant jusqu’à bloquer l’accès à Twitter et YouTube.