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De l'incertitude en économie

En 1996, Robert Shiller, un économiste de l'université de Yale, prenant en compte l'historique des cours de la Bourse, en a déduit que les titres américains étaient surévalués. Dans le passé, quand le rapport cours/bénéfice (PER) était élevé, on estimait que les perspectives de rendement à long terme étaient mauvaises. Mais si l'on se base sur l'index composite S&P 500, le PER s'élève aujourd'hui à 29, en référence au bénéfice moyen de la décennie précédente.

Sur la base d'une analyse économétrique réalisée avec John Campbell de l'université de Harvard, Shiller a prédit en 1996 que le panier de valeurs liés à l'indice S&P 500 serait un mauvais investissement pour la décennie qui allait suivre. Il estimait qu'entre 1996 et janvier 2006, la valeur réelle de l'index S&P 500 allait chuter. Même en tenant compte des dividendes, il estimait que le rendement des titres liés au S&P 500, corrigé de l'inflation prévisible, allait être nul. C'était loin derrière les quelques 6% de rendement annuels nets que nous considérons quasiment comme la norme pour la Bourse américaine.

L'argumentation de Shiller présentait un caractère irréfutable et il m'a convaincu. C'est également ce qui a poussé Alan Greenspan à faire son célèbre discours sur "l'exubérance irrationnelle" à l'American Enterprise Institute en décembre 1996. Pourtant Shiller se trompait. A moins que la Bourse américaine ne s'effondre d'ici fin janvier, les rendements de la décennie qui vient de s'écouler auront été légèrement supérieurs à la moyenne historique, et en tout cas bien supérieurs à zéro. Ceux qui ont investi ou réinvesti leur argent dans la Bourse américaine ces dix dernières années ont presque doublé leur mise, ceci même en tenant compte de l'inflation.

Pourquoi Shiller s'est-il trompé ? Au cours des dix dernières années, trois facteurs ont joué sensiblement dans les mêmes proportions, pour atteindre un rendement de 6% plutôt qu'un rendement nul :