0

Scènes diverses illustrant la lutte contre la drogue

La lutte contre la drogue peut revêtir plusieurs formes. La Colombie présente une version militarisée de la question, avec ses unités de soldats spécialement entraînés à survoler la jungle et les flancs de montagne pour déverser ses produits défoliants par hélicoptère. Mais cette police de désintoxication, si elle détruit les plantes de coca, ne s’attaque pas aux agriculteurs. Or nombre d’entre eux passent la frontière de l’Equateur pour cultiver à nouveau leur coca.

Prenez par exemple un champ de pavot et creusez un étang de belles proportions, remplissez-le de poisson, plantez des arbres tout autour, faîtes venir quelques canards et demandez à des enfants de les surveiller. Voilà qui est supposé détruire le champ de pavot, fournir les gens du coin en protéines grâce aux poisson et aux volaille, aider au reboisement de la région tout en donnant du travail aux enfants de la localité. Ceci, du moins, est ce que l’USAID (Agence des Etats-Unis pour le Développement International) a trouvé de mieux comme programme de destruction des champs de pavot en Afghanistan. Malheureusement, comme en Colombie, les résultats sont restés très éphémères.

La culture du pavot comme celle de la coca est une façon idéale de se procurer rapidement de l’argent pour les agriculteurs qui ont de petites exploitations et de maigres ressources. Elle nécessite peu de soins et rapporte un bénéfice certain. D’un autre côté, la lutte contre la production de pavot ou de coca est un parti-pris idéal pour de nombreux sénateurs américains. Il est plus facile de voter un budget en millions de dollars pour la destruction des champs de pavot ou de coca plutôt que de faire face aux sources réelles de la dépendance. Pour mieux comprendre la folie de telles tentatives, permettez-moi d’examiner de plus près plusieurs plans anti-drogue entrepris en Afghanistan, auxquels j’ai moi-même participé.

La promesse de fonds pour combattre la production de pavot a poussé à l’action l’Ambassade américaine d’Islamabad. La femme de l’Ambassadeur de l’époque s’était personnellement impliquée dans le programme. Impatiente de mener à bien son action, elle prit l’avion jusqu'à Quetta pour discuter avec le mollah Nasim Aukhundzada du programme de remplacement des champs de pavot. Le mollah Aukhundzada était l’émir de la région assez vaste d’Helmand, dans le sud-ouest de l’Afghanistan, une région très productive en champs de pavot. L’émir promit de réduire sa production de champs de pavot en échange de tracteurs, de graines et autres marchandises.