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Sauver les marchés émergents

CAMBRIDGE – Si le monde était juste, la plupart des marchés émergents regarderaient la crise financière qui a frappé les économies avancées depuis la ligne de touche – peut-être pas entièrement indemnes, mais en tous cas pas très inquiets. Pour une fois, ce n’était pas leurs excès qui avaient mis le feu aux poudres, mais ceux de Wall Street.

La situation financière et extérieure des marchés émergents n’avait jamais été meilleure, grâce aux dures leçons que les crises à répétition de leur propre histoire leur avaient enseignées. On aurait même pu leur concéder un certain plaisir malicieux à considérer les déboires des Etats-Unis et des autres économies avancées, de la même manière dont l’on peut s’attendre à ce que les enfants prennent un malin plaisir à voir leurs parents s’attirer précisément les ennuis contre lesquels ils mettent leurs enfants en garde.

Mais ce que nous voyons aujourd’hui sont des marchés émergents qui subissent des convulsions financières, peut-être de dimension historique. La crainte n’est plus qu’ils ne puissent plus s’isoler, mais que leurs économies puissent être entraînées dans des crises bien plus profondes que celle qui affecte l’épicentre de la débâcle des subprimes.

Certains de ces pays auraient dû sentir le  vent et se protéger à temps. Il n’y a pas vraiment d’excuse pour l’Islande, par exemple, qui s’est pour ainsi dire transformée en un fonds spéculatif à fort effet de levier. Plusieurs autres pays d’Europe centrale et de l’Est, comme la Hongrie, l’Ukraine et les États baltes vivaient aussi dangereusement, avec des comptes courants fortement déficitaires et des entreprises et les ménages sévèrement endettés en devises étrangères. On peut toujours compter sur l’Argentine, l’enfant terrible du système financier international, pour trouver une astuce propre à faire blêmir les investisseurs – en l’occurrence, la nationalisation des fonds de pension privés.