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La tentation fasciste de la Russie

Le Kremlin d'aujourd'hui estime que la démocratie s'est construite trop rapidement en Russie. Le gouvernement ne dit pas qu'il est contre la démocratie, mais seulement qu'elle n'est pas arrivée au bon moment et qu'elle doit être retardée, logique manifeste dans la plupart des décisions officielles.

Ainsi, au début de la décennie actuelle, le système démocratique d'équilibres et de surveillances créé dans les années 1990 a commencé à être démantelé. Avant 2000, il existait une presse influente et indépendante, et un parlement loyal au président mais indépendant tout de même. Le Conseil de la Fédération (la chambre haute de la Douma) était aussi généralement loyale envers le président, tout comme les gouverneurs régionaux, qui pour autant conservaient leur indépendance. On comptait des entrepreneurs influents et des organisations commerciales activement impliquées dans le processus de prise de décision. Conséquence de la disparition de ces systèmes d'équilibres et de surveillances, la qualité des décisions du gouvernement a baissé de façon brutale.

La célèbre loi de monétisation des avantages sociaux, qui transforme en argent les allocations en nature, est un exemple typique. Malgré la justesse fondamentale de la démarche, elle a été mal préparée et mise en œuvre, et le gouvernement a sérieusement mal calculé ses effets sur le budget national. En outre, elle a provoqué des protestations sociales massives, ce que le gouvernement n'avait de toute évidence pas prévu.

La loi sous sa forme actuelle n'aurait jamais passé la barrière de l'ancienne Douma d'État. Les députés l'auraient lue et analysée attentivement, auraient posé de nombreuses questions aux ministres, et, si nécessaire, auraient insisté sur la réécriture de plusieurs listes présentées dans le projet. Ils auraient compris que les calculs fournis étaient complètement décalés par rapport à la réalité et auraient examiné les solutions possibles.