40

Une guerre des valeurs contre la Russie

COPENHAGUE – Les autorités russes ont récemment menacé de viser des missiles nucléaires sur des navires de guerre danois si le Danemark ralliait les rangs du bouclier de défense anti missile de l’OTAN. Voilà évidemment une menace quelque peu provocatrice dirigée vers un pays qui n’a aucun motif d’attaquer la Russie. Mais qui reflète un facteur plus fondamental de la politique étrangère du Kremlin : une quête désespérée pour maintenir l’influence stratégique de la Russie à un moment où son autorité est contestée comme jamais.

Évidemment, les dirigeants de la Russie sont très au fait que le bouclier antimissile de l’OTAN n’est pas du tout dirigé sur leur territoire. Dans le cadre de mes fonctions de secrétaire général de l’OTAN de 2009 à 2014, j’ai maintes fois répété que le but était de défendre les membres de l’Alliance contre les menaces qui pourraient provenir de l’extérieur de la zone euro atlantique. Quiconque possède la moindre connaissance en physique et en génie – deux domaines où la Russie excelle – peut s’apercevoir que le système est conçu uniquement à cette fin.

Les menaces nucléaires de la Russie, envers le Danemark et les autres pays, sont le signe distinctif d’un pays affaibli sur le plan économique, démographique et politique. L’OTAN n’a pas activement cherché à harceler la Russie, comme la propagande du Kremlin le laisse entendre. Le présent conflit entre la Russie et l’Occident – concentré sur la crise en Ukraine – est au cœur même d’un affrontement de valeurs.

Souvenons-nous de la façon dont le conflit s’est déclaré en Ukraine : des dizaines de milliers de citoyens ukrainiens de tous les pans de la société revendiquaient, par des manifestations essentiellement pacifiques, un accord d’association avec l’Union européenne. Personne n’a lancé d’appel prônant des pogroms pour expulser les locuteurs russes de l’Ukraine, même si le Kremlin prétend le contraire. Et rien dans l’accord ne sous-entendait que l’Ukraine joigne l’OTAN.