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Le rêve américain de Roman Polanski

NEW-YORK – Quel but la Suisse poursuit-elle en emprisonnant le célèbre Roman Polanski, le célèbre réalisateur franco-polonais, en vertu d'un mandat d'arrêt vieux de 30 ans ? Suspecté d'avoir violé une jeune fille de 13 ans à Los Angeles, il a reconnu non pas le viol, mais une infraction moins grave, une relation sexuelle avec une mineure. Pensant que le juge, feu Laurence J. Rittenband, ne tiendrait pas sa promesse de le libérer après 42 jours de détention dans une prison de Californie, il a fui les USA en 1978 avant le verdict final.

Depuis, la victime, Samantha Geimer, lui a pardonné publiquement et souhaité que soient mis fin aux poursuites. Autrement dit, le fait de poursuivre cette affaire n'a rien à voir avec les droits ou les sentiments de la victime. Et il est hautement improbable que Polanski, un homme marié, père de deux enfants et sans autre antécédent judiciaire, récidive.

Il n'est donc pas dans l'intérêt de la société de le forcer à retourner à Los Angeles pour y être jugé. Tout montre que son arrestation en raison d'un traité d'extradition entre la Suisse et les USA n'est d'aucune utilité.

Les réactions à cette triste histoire, notamment en France, ont été particulièrement virulentes. Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a qualifié de "sinistre" l'arrestation de Polanski. Frédéric Mitterrand, le ministre de la Culture, a évoqué une Amérique qui fait peur et qui vient de nous présenter ce visage là. Quant à l'ancien ministre de la Culture, Jack Lang, il a déclaré que le système de justice américain était devenu fou et qu'il ressemblait à une machine infernale qui avance aveuglement.