13

L’inquiétante émergence du chauvinisme bouddhiste

TOKYO – Le Bouddha, Siddharta Gautama, n’a jamais prononcé de sutta en faveur de la haine religieuse ou de la discrimination raciale. Le chauvinisme bouddhiste menace pourtant aujourd’hui le processus démocratique, à la fois en Birmanie (Myanmar) et au Sri Lanka. Les mêmes moines bouddhistes qui avaient affronté la junte militaire au moment de la révolution de safran de 2007 incitent à présent à la violence contre les membres de la minorité musulmane Rohingya du pays. Au Sri Lanka, la campagne ethnique chauvine menée par les bouddhistes cinghalais, sous le patronage d’un ancien président déterminé à reconquérir le pouvoir, fait fi de l’objectif supposé d’une réconciliation avec les Tamouls de religion hindoue vaincus à l’issue de la guerre civile.

En Birmanie, le racisme bouddhiste est à l’origine d’une quasi-guerre civile dans l’État d’Arakan et d’une crise humanitaire liée à l’exode massif par voies terrestres et maritimes de centaines de milliers de Rohingyas musulmans. Sachant que tout génocide est rendu possible par des mesures officielles, ces violences raciales et religieuses ne sont en aucune façon spontanées et sont de particulièrement mauvais augure pour l’avenir de la Birmanie. Les Rohingyas ont déjà été déchus de leur citoyenneté birmane et un nouvel ensemble de projets de loi visant à marginaliser davantage encore l’islam ne manquera pas de donner lieu à de nouveaux affrontements.

Une nouvelle loi sur la mariage, par exemple, oblige les couples de confessions différentes à déclarer leur intention de se marier auprès des autorités locales, qui affichent publiquement les bans. Le couple n’a le droit de se marier que si aucun citoyen ne s’oppose à leur union, une hypothèse peu probable dans le climat de tension actuel. Un autre projet de loi interdira quiconque ayant moins de 18 ans de se convertir à une autre religion et même un adulte souhaitant se convertir devra obtenir, à la suite de nombreux interrogatoires, l’approbation des autorités locales.

Plus inquiétant encore, un troisième projet de loi prévoit l’imposition d’un contrôle des naissances d’inspiration chinoise à tout groupe de population dont la croissance démographique est supérieure à la moyenne nationale. Les femmes pourraient par exemple être obligées d’attendre trois ans après la naissance d’un enfant avant d’être à nouveau enceintes. Dans ce cas-ci également, les autorités locales, les plus sensibles aux préjugés populaires, seraient en mesure d’appliquer une loi qui semble spécifiquement viser les Rohingyas qui ont traditionnellement des familles nombreuses.