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La nouvelle guerre de Trente Ans

NEW YORK – C'est une région déchirée par des conflits entre traditions religieuses en concurrence. S'y déroule également un combat entre activistes et modérés, alimenté par les dirigeants des pays voisins qui cherchent à défendre leur propre intérêt et à étendre leur influence. Ces violences ont lieu au sein des Etats et entre les Etats, au point qu'il devient impossible de distinguer guerres civiles et guerres par procuration. Les Etats perdent parfois tout contrôle sur de petits groupes, des milices par exemple, qui opèrent sur leur territoire ou en franchissent les frontières. Il en résulte un nombre de morts accablant et des sans-abri par millions. Il ne s'agit pas d'une description du Moyen-Orient aujourd'hui, mais de l'Europe au début du 17° siècle.

En 2011 la situation a changé au Moyen-Orient après l'immolation par le feu d'un vendeur de fruit humilié par les autorités. En quelques semaines la région s'est enflammée. Au 17° siècle en Europe, le soulèvement des protestants de Bohême contre l'empereur catholique Ferdinand II de Habsbourg a déclenché une conflagration qui a marqué cette époque. Chacun de leur coté, protestants et catholiques ont cherché l'aide de leurs coreligionnaires des territoires qui allaient former un jour l'Allemagne. Beaucoup des grandes puissances du moment, en particulier l'Espagne, la France, la Suède et l'Autriche ont été impliquées. Il en a résulté la guerre de Trente Ans, l'épisode le plus violent et le plus destructeur de l'Histoire de l'Europe jusqu'aux deux guerres mondiales du 20° siècle.

Les différences sont évidentes entre les événements de 1618-1648 en Europe et ceux de 2011-2014 au Moyen-Orient, mais les ressemblances sont nombreuses - et prêtent à réfléchir. Trois ans et demi après le début du Printemps arabe, on ne peut exclure que nous ne soyons au début d'une lutte prolongée, coûteuse, mortelle. Aussi mauvaise la situation est-elle, elle pourrait encore s'aggraver.

La région est prête à s'embraser. La plus grande partie de la population est impuissante sur le plan politique, pauvre et sans perspective. Il n'y a pas eu pour l'islam l'équivalent de la Réforme protestante en Europe, les frontières du sacré sont confuses et contestées.