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Réformer l'Europe à la base

Jetez un coup d'oeil sur l'histoire de l'Europe au cours des 25 dernières années et vous verrez qu'entre la fin des années 1970 et le début des années 1990, le continent a été en proie à une instabilité macro-économique, un taux de chômage élevé, des marchés excessivement réglementés (y compris, ce qui est plus important, les marchés financiers), des monopoles non réglementés et des industries inefficaces détenues par l'Etat. L'Europe a accompli des progrès considérables au cours de la dernière décennie en rétablissant la stabilité macro-économique, mais elle n'a pas eu autant de succès dans la promulgation de réformes au niveau micro-économique qui sont essentielles à la déréglementation des marchés et à l'amélioration de leur efficacité. Pourquoi ? Les pays de l'Europe Centrale et de l'Europe de l'Est doivent-ils en tirer une leçon au moment même où ils se préparent à rejoindre l'UE ?

Une inflation forte et une dette publique grandissante ont généré un sentiment de « crise » au début des années 1990 dans certains pays de l'UE : lorsqu'une maison brûle, les coûts encourus si vous n'agissez pas sont bien trop élevés pour que vous continuiez à rester là à la regarder brûler et à ne rien faire. Par exemple, il a fallu la crise des taux de change de 1992 pour que les dirigeants italiens réalisent qu'ils devaient prendre des mesures pour résoudre l'anarchie financière publique du pays. La peur d'être exclus de l'euro a fait le reste en créant un consensus politique en faveur de mesures adaptées et nécessaires.

Aujourd'hui, la maison économique de l'Europe n'est plus en feu. Il est ainsi devenu plus difficile de ne pas tenir compte des intérêts spéciaux dans la course à la libéralisation des marchés et l'amélioration de l'efficience économique. Par exemple, en juin dernier, la France a connu une série de grèves et de manifestations dans la lignée de celles de 1968 qui ont seulement entraîné l'application de réformes mineures sur les systèmes de retraite : l'élimination de quelques privilèges spéciaux détenus par les fonctionnaires.

Dans un sens, de telles réformes pusillanimes résultent du fait que l'Europe est devenue un endroit plus « normal ». L'Europe ne pouvait tout simplement pas se permettre d'assister à l'échec du projet sur l'euro et ses dirigeants ont donc fait le nécessaire en ce sens. Mais personne, semble-t-il, ne pourra empêcher ce riche continent de connaître une croissance lente, un taux de chômage élevé et des marchés inefficaces. Aucune « crise » n'est associée à ce choix, juste un lent déclin.