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Le rêve soviétique de Vladimir Poutine

MADRID – Le récent accord nucléaire conclu par six grandes puissances mondiales auprès de l'Iran représente un véritable triomphe du multilatéralisme. Si ces mêmes puissances – les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, accompagnés de l’Allemagne – démontraient une volonté similaire dans le cadre d’efforts conjoints visant la résolution d’autres contentieux, le monde pourrait alors espérer pénétrer dans une nouvelle ère de coopération et de stabilité.

Un tel scénario semble malheureusement peu probable. Qu’il soit question des agissements de la Chine en mer de Chine méridionale, ou de l’avancée constante de l’État islamique au Moyen-Orient, la compétition et le conflit ne cessent de menacer plusieurs ordres régionaux de longue date. Mais sans doute le conflit le plus critique – dans la mesure où ses retombées concernent l’ensemble des États – s’opère-t-il du côté de l’Ukraine, pays devenu la composante centrale des ambitions expansionnistes du président russe Vladimir Poutine.

L’annexion unilatérale de la Crimée par la Russie, ainsi que le soutien de cette dernière aux séparatistes d’Ukraine de l’Est, ont rompu les relations de la Russie auprès de l’Occident, Poutine faisant volontairement resurgir une atmosphère de guerre froide en vantant les « valeurs conservatrices » de son pays, en tant que contrepoids idéologique d'un ordre mondial libéral conduit par l'Amérique. Or, un certain nombre de problématiques majeures – carnage syrien, lutte contre l'État islamique, non-prolifération des armes nucléaires, ou encore conflits d’intérêts et revendications concurrentes en Arctique – ne pourront être résolues sans une implication de la Russie.

C’est la raison pour laquelle des efforts d’apaisement auprès de la Russie sont inévitables, malgré la difficulté que cela représente pour les puissances occidentales. Les États-Unis doivent se montrer plus attentifs aux sensibilités de la Russie en tant que puissance significative et civilisation majeure, de même que doivent être pris en considération les intérêts sécuritaires légitimes de la Russie concernant ses frontières avec les pays de l’OTAN, notamment afin de maintenir l’Ukraine hors de toute alliance militaire rivale. Solution initialement proposée par Poutine, l’approbation par le Parlement ukrainien d'une autonomie des régions séparatistes pro-russes – malgré une vive opposition internationale – constitue précisément le type de concession nécessaire au rétablissement de la paix.