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L'Europe contre Gazprom

NEW YORK – Pendant des années, le Président russe Vladimir Poutine a utilisé la dépendance de l'Europe à l'égard du gaz naturel de son pays comme une arme de politique étrangère, sans crainte que l'union européenne ne le mette au pied du mur - jusqu'à maintenant. Avec l'UE qui intente des poursuites pour violation des lois antitrust contre le conglomérat Gazprom géré par l'État, l'Europe envoie un signal clair : la grossièreté de Poutine n'est plus aussi intimidante que par le passé.

Le message du Commissaire européen chargé de la concurrence, selon lequel les règles du marché s'appliquent à tout le monde, est une règle que Poutine viole depuis des années. Le recours à des moyens économiques et juridiques pour atteindre ses objectifs politiques a longtemps été une caractéristique de son régime. Il y a plus de dix ans, le Kremlin a exproprié Yukos Oil, qui produisait à l'époque 20% de la production russe et a emprisonné son fondateur Mikhaïl Khodorkovsky pendant dix ans sur de fausses accusations d'évasion fiscale après qu'il ait osé s'opposer à Poutine.

Tous les principaux acteurs de l'économie russe axée sur l'énergie se sont rapidement alignés sur le plan politique, permettant à Poutine d'utiliser les exportations de pétrole et de gaz de son pays comme une massue géopolitique. Les pays de l'UE qu'il n'a pas réussi à intimider militairement, à cause de l'OTAN, ont été courtisés par des escomptes ou punis par des hausses des prix.

Le Premier ministre hongrois Victor Orbán est le plus fidèle ami de Poutine en Europe (bien que le Premier ministre grec Alexis Tsipras semble vouloir changer cela), alors que les dirigeants polonais ont signalé à plusieurs reprises que la Russie pourrait redevenir une menace pour le continent. En conséquence, alors que la Hongrie verse à Gazprom 260 dollars pour mille mètres cubes de gaz, la Pologne paye 526 dollars, le prix le plus élevé de toute l'UE.