22

La chute de la maison Samuelson

LONDRES – Lire l’ouvrage intitulé The Samuelson Sampler sous l’angle de la Grande Récession nous offre une plongée dans l’état d’esprit d’une époque révolue. Ces travaux comptent parmi les dernières parutions d’articles hebdomadaires de Paul Samuelson pour la revue Newsweek entre 1966 et 1973.

Le prix Nobel Samuelson fut le doyen des économistes américains : son célèbre manuel intitulé Economics fut publié dans 14 éditions au cours de la vie de l’auteur, inculquant aux futurs économistes du monde entier les rudiments de la discipline. Samuelson fut le principal initiateur, si ce n’est l’unique inspirateur, de la « synthèse néoclassique, » – mélange de néoclassicisme et d’économie keynésienne, qui définit le courant majoritaire en matière d’économie pendant 50 ans.

Samuelson était un keynésien convaincu, dans une mesure toutefois limitée. Il considérait en effet comme inutiles les critiques formulées par Keynes à l’encontre de l’économie orthodoxe, écrivant en effet : « Si Keynes avait formulé [dès le départ] l’hypothèse simple selon laquelle il pensait réaliste de considérer les salaires nominaux… comme fixes et résistants aux mouvements baissiers… la plupart de ses points de vue auraient demeuré valides. » Pour Samuelson, la véritable contribution apportée par Keynes réside dans les outils qu’il a su conférer aux États afin de prévenir les dépressions.

À la lecture du Samuelson Sampler, il est extraordinaire de constater le degré de confiance des économistes de l’époque dans l’idée selon laquelle la Nouvelle Économie (terme alors utilisé en Amérique pour désigner l’approche keynésienne) serait parvenue à résoudre le problème de la dépression et du chômage de masse. Comme l’explique en effet Samuelson dans son introduction de 1973, « le spectre d’une nouvelle survenance de la dépression des années 1930 est désormais réduit à une probabilité négligeable. » Combien sont les économistes ou politiciens actuels à penser cela aujourd’hui ?